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Top 5 des BD féministes à lire ce 8 mars

Par Thelma SUSBIELLE le 8 mars 2022                      Lien  
La journée internationale des droits des femmes puise son origine dans les manifestations des femmes au début du XXe siècle. Celles qu'on appelait les "Suffragettes" et qui étaient vivement qualifiées d'"hystériques" en sont les pionnières. Le succès de leurs idées aujourd'hui est un bel exemple du renversement d'un mouvement à posteriori. Dans cet article, une courte présentation de cinq ouvrages de bande dessinée qui font honneur, à notre sens, à la cause féminine et féministe.

Cette journée est mise en place depuis 1975 par l’Organisation des Nations Unies. Nous nous abstiendrons d’utiliser le verbe célébrer car si nous devons encore mettre en lumière les problématiques d’oppression et d’inégalité envers les femmes, il n’y rien de festif...

Néanmoins, c’est une journée qui invite à se rassembler et à faire un bilan sur la situation des droits des femmes mais aussi de leur place dans la société, dans la vie politique, économique... La thématique de cette année 2022 est la suivante : "L’égalité aujourd’hui pour un avenir durable", alliant ainsi féminisme et cause climatique. Mais comme l’a dit Gisèle Halimi : "Le vrai combat des femmes ne peut pas être ponctuel [...] c’est changer la société, les mentalités, les rapports." Une journée n’est pas suffisante pour faire évoluer les conditions de vie des femmes.

En revanche, dans la bande dessinée, les mouvements féministes prennent de l’ampleur depuis ces dernières années. Parler de BD féministe peut paraître réducteur puisque, dans la sélection que nous avons retenue, certaines sont signées par des hommes ou bien ne sont pas écrites sous cette égide.

Toutefois, nous choisissons tout de même d’utiliser ce terme car ces ouvrages visent à mettre fin à l’exploitation et à l’oppression sexiste et à offrir une égalité de genre en droit et en pratique. Pour simplifier : ces albums proposent de mettre en lumière des destins de femmes, fictifs ou réels, et/ou questionnent la place accordée aux femmes dans la société d’hier et d’aujourd’hui. Ils redonnent du pouvoir à celles qui ont été trop longtemps éloignées de celui-ci. Bref, aucune attaque envers les hommes, voyons-y plutôt un hommage aux femmes.

Notre sélection :

Top 5 des BD féministes à lire ce 8 mars Les filles de Salem par Thomas Gilbert (Ed. Dargaud)

Une BD librement inspirée des procès de Salem en Nouvelle-Angleterre (États-Unis). Ceux-ci se sont déroulé au 17ᵉ siècle, époque corsetée et oppressante pour les femmes surtout. L’affaire dite des « Sorcières » est racontée par la jeune Abigaïl, 17 ans, victime réelle de cet obscurantisme destructeur. C’est un récit sombre, mais néanmoins poétique.

Thomas Gilbert met en lumière une affaire célèbre, déjà sujette de nombreuses œuvres comme la pièce de théâtre Les Sorcières de Salem, d’Arthur Miller ou Moi, Tituba, Sorcière, de Maryse Condé. Ici, le dessin de Thomas Gilbert offre une dimension particulièrement sensible avec des jeux de lumières et des couleurs de crépuscule. La cruauté des hommes est poussée à son paroxysme dans cette œuvre passionnante et terrifiante à la fois. Difficile de ne pas entrer en empathie avec les jeunes filles au cœur de cette tempête qui a détruit tant de destins. Le cœur se serre plusieurs fois lors de la lecture. Toutefois, l’album redonne du pouvoir à ces jeunes filles condamnées pour sorcellerie en les présentant actrices de leur destinée. Un ouvrage sublime et marquant.

- Anais Nin, sur la mer des mensonges par Léonie Bischoff (Ed. Casterman)

Anais Nin est une autrice méconnue aujourd’hui mais qui est pourtant une figure de l’émancipation féminine du début du XXe siècle. Dans les années 1930, elle vit en banlieue parisienne, aux prises avec ses angoisses. Celle qui a grandi entre l’Europe et l’Amérique, qui parle trois langues, ne parvient pas à trouver sa place dans cette société qui cantonne les femmes à des rôles secondaires. En écrivant dans son journal, elle s’échappe de sa réalité et de sa condition. Elle y explore la complexité des sentiments qui l’habitent et appréhende sa sensualité endormie jusqu’alors. Sa rencontre avec Arthur Miller (oui, oui, lr romancier auteur de de la pièce de théâtre citée plus haut) sera le point de départ d’une grande transformation.

Anais Nin est une femme hors du commun, elle méritait bien d’être dessinée par Léonie Bischoff qui signe une œuvre magistrale. Plongée dans l’intimité profonde de cette autrice à la personnalité complexe qui s’émancipe par l’écriture et qui découvre sa sensualité.

La création et la littérature tiennent un rôle particulièrement important dans l’émancipation des femmes. Celles-ci, longtemps réduites à leur rôle de "reproductrice" et non de productrice, ne sont reconnues comme artiste à part entière que depuis peu, c’est important de le dire. Par son dessin incomparable et fascinant au crayon virtuose, Léonie Bischoff nous émerveille, poussant le lecteur à lire et relire les planches pour en saisir toute l’intensité, l’émotion et la poésie.

Un talent accueilli par de nombreuses récompenses : Prix RTL BD du mois 2020, Fauve Prix du public France TV au Festival d’Angoulême 2021, Sélection Prix Fnac France Inter 2021, Prix Delémont’BD de la meilleure bande dessinée suisse 2021.

- Peau d’homme par Hubert et Zanzim (Ed. Glénat)

Bianca, demoiselle de bonne famille vivant dans l’Italie de la Renaissance, est promise à Giovanni, fils d’un riche marchant. À son grand désespoir, la jeune fille ignore tout de son futur époux, à part qu’il est jeune et charmant. C’est alors que sa tante lui révèle le secret de la « peau d’homme », présente dans la famille depuis des générations. Ainsi, Bianca va la revêtir et devenir Lorenzo, éphèbe charmant... et libre ! En découvrant le monde des hommes, elle découvre son fiancé, l’amour, la sexualité... et s’affranchit finalement des limites imposées aux femmes.

Ce conte philosophique queer questionne notre rapport au genre et à la sexualité en usant de la morale de la Renaissance comme d’un miroir. La domination masculine est remise en cause à travers une fable subtile et touchante. Un titre réellement unique : c’est de la BD au propos moderne mais au traitement graphique classique qui ancre dans l’histoire un destin de femme loin des clichés des contes de fée.

L’album a impressionné par le grand nombre d’exemplaires vendus (plus de 135 000) et ses prix multiples : Grand Prix RTL 2020, Prix Wolinski de la BD du Point 2020, Grand prix de la critique ACBD 2021, Prix Landerneau BD 2020, Prix Ti-Zef 2020, Fauve des Lycéens 2021 au Festival d’Angoulême, Prix des Libraires Canal BD 2021, Prix BDstagram 2020, Prix Imaginales de la bande dessinée des bibliothécaires 2021, Prix littéraire On’ 2021...

- ReSisters, par Aurore Chapon et Jeanne Burgart Goutal (Ed. Tana)

Un roman graphique qui prend place dans un univers à peine dystopique. Les deux autrices parlent de notre réalité : surveillance, inégalités salariales, injustices sociales, changement climatique, crises en tout genre... Peu réjouissant.

Mais le récit prend un tournant quand l’un des personnages découvre les ReSisters : une communauté en rupture avec le système " capitaliste patriarcal néocolonial " où s’invente un mode de vie inspiré des idéaux écoféministes. L’album met en lumière un groupe en marge et des moyens de résistance face à l’ordre établi. Sans pouvoir ni argent, les personnages vont-ils réussir à changer ce monde ?

Les angoisses face aux différentes crises en cours sont de plus en plus répandues, et notamment chez les jeunes. Il est nécessaire de construire de nouveaux récits et de montrer des représentations « empouvoirantes » (néologisme tiré de l’anglais empowerment anglais) face aux problématiques de notre temps. Riche et surprenant, cet album inclassable allie théorie et narration. Une bonne introduction au mouvement écoféministe. Cette œuvre chorale, entre quête initiatique et fiction philosophique, offre une longue respiration dans un contexte actuel souvent étouffant.

- L’Origine du monde, par Liv Strömquist (Ed. Rackham - collection Le Signe noir)

Dans cet essai sous forme de bande dessinée (il en fallait au moins un), la dessinatrice star des éditions Rackham (ses ouvrages sont régulièrement classés en tête des ventes) disserte autour du sexe féminin et de ses mythes. Passionnant sujet...

Elle dégrossit et analyse des siècles de répression sexuelle, démolit les idées fausses autour du sexe féminin et s’attaque également à la culture binaire : norme cisgenre et hétérosexuelle. Et cela avec un humour piquant et ironique, ainsi qu’une argumentation juste et claire. Le dessin est simple, presque naïf, est loin d’être prétentieux et offre un ensemble incisif et efficace.

L’autrice est devenue une référence importante à la fois pour la bande dessinée européenne et pour le féminisme. Son œuvre qui mêle érudition et humour est à conseiller dans son ensemble. Chaque album provoque le même plaisir. Liv Strömquist n’est pas une autrice élitiste et ses titres sont un bon moyen d’approcher les théories féministes. Nécessaire et à destination de tous et toutes.

Avec tout ça, on s’étonnerait de ne pas être qualifié de média de propagande « gaucho-wokiste. » Mais promis, messieurs, ça va bien se passer.

(par Thelma SUSBIELLE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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