"Oleg" de Frederik Peeters (Atrabile) : autofiction de l’auteur en coureur de fond

26 février 2021 24
  • Près de vingt ans après "Pilules Bleues", Frederik Peeters nous propose une nouvelle autofiction introspective avec le one-shot "Oleg", un roman graphique dans lequel il interroge son rapport au monde et à la création ainsi que sa vision de la vie de couple et de famille.

Frederik Peeters est un auteur inclassable, à l’œuvre singulière (Lupus, Aâma, L’Homme Gribouillé, Saccage, etc.). Avec Oleg, il nous plonge dans une narration sensible où se mêlent autobiographie, manifeste, récit de SF et carnet de voyage.

"Oleg" de Frederik Peeters (Atrabile) : autofiction de l'auteur en coureur de fond
Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

C’est le récit d’un homme fidèle, très amoureux de sa femme, et d’un père qui aime sa fille. Ce sont les observations d’un personnage qui pose un regard perplexe et poétique sur notre société contemporaine. Oleg, c’est aussi l’histoire d’un auteur de bande dessinée, en quête de nouvelles idées pour un futur album.

Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

Oleg est en pleine réflexion créative pour un nouvel ouvrage. Il se questionne sur les rapports entre fiction et réalité, nous entraînant dans ses recherches narratives. Les liens et passerelles entre mondes imaginaires et monde réel n’ont jamais été aussi forts, aussi entrelacés, mais est-ce une bonne chose ?

Oleg cherche, gamberge, usant d’analogies et de métaphores explicites, comme dans cette planche où est fait le rapprochement entre des personnes ultra-connectées et des images du film d’animation Wall-E. La frontière se brouille. Qu’est-ce que le réel finalement ? Des interrogations qui permettent à Frederik Peeters de jouer aussi sur cette confusion entre fiction et réalité.

Car Oleg, ce n’est pas la suite de Pilules Bleues (histoire d’amour avec sa compagne séropositive publiée chez Atrabile en 2001). Dans ce nouveau livre, Frederik Peeters se raconte autrement, troquant le « je » pour le « il » et se créant un avatar : Oleg.

Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

Oleg : anagramme de « lego ». Pour l’auteur, il s’agit d’un jeu de construction : déconstruire ses précédents albums pour mieux reconstruire. Chaque nouveau livre est le résultat des albums déjà existants. Une œuvre toujours en évolution qu’il définit comme « son palais du facteur Cheval ».

Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

Mais Oleg, c’est aussi l’anagramme de « l’ego ». Oleg nous parle de lui. De son amour pour la femme de sa vie, des longues discussions qu’ils ont ensemble autour de ses scénarios, et de la façon dont ils font face ensemble à un problème de santé soudain. Oleg raconte la complicité qu’il a avec sa fille, une adolescente avec qui il partage de petits moments comme de plus grands.

Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

Oleg nous parle de son métier aussi. De ses nombreuses années à travailler en tant qu’auteur de bande dessinée. Le choix de la bande dessinée n’est pour lui pas anodin. C’est un médium qui a son propre langage, son propre système. Un moyen d’expression aux multiples formes. Un bel hommage finalement au 9e Art, tout en douceur et simplicité.

Oleg est un album qui nous happe dès les premières pages, grâce à son rythme mêlant action et contemplation, nous connectant directement avec l’imaginaire et la vision du monde de son auteur. Un album dans lequel, en dépit des inquiétudes et des incompréhensions, Frederik Peeters parle d’amour.

Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021
Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021
Oleg © Frederik Peeters / Atrabile 2021

(par Morgane Aubert)

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Consulter le site de l’auteur & écouter l’émission de France culture Le Rayon BD (par Victor Macé de Lépinay, 17 janvier 2021) avec Frederik Peeters comme invité.

Lire également sur ActuaBD :
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- Lupus - Volume 3 - Frederik Peeters - Atrabile
- Lupus - Volume 4 - Frederik Peeters - Atrabile
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- Prix Landerneau BD 2016 pour « L’Odeur des garçons affamés » de Frederik Peeters et Loo Hui Phang (Casterman).
- Réédition de « Lupus » de Frederik Peeters
- Constellation (nouvelle édition) - Par Frederik Peeters - L’Association
- Lupus (nouvelle édition intégrale) - Par Frederik Peeters - Atrabile
- "Saccage" - Par Frederik Peeters - Atrabile

 
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24 Messages :
  • quelle maîtrise dans ce dessin ! une vraie virtuosité.
    Virtuosité que je compare un peu avec celle d’un autre auteur pas mainstream, mais mince je retrouve plus son nom. Il dessine aussi en noir et blanc et est virtuose.
    je pensais trouver au moins un de ses titres dans les 100 BD du siècle mais il n’est pas dedans.

    https://www.francetvinfo.fr/culture/bd/festival-d-angouleme-voici-les-100-bd-du-siecle-a-lire-absolument_3801407.html

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  • Ce qui différencie également Oleg de Pilules bleues c’est qu’entre temps Frédérik Peeters est devenu l’un des meilleurs dessinateurs actuels.
    L’histoire est émouvante mais elle est magnifiée par le trait.
    Sa BD est encore plus intéressante si on a “lu” au préalable Saccage (qu’il a réalisé en parallèle, je crois). Ça devient une sorte de making of.
    Pour les curieux, l’auteur a posté sur tumblr un bonus, des pages qui n’apparaissent pas dans la version finale :
    https://frederikpeeters.tumblr.com/tagged/abandoned-pages
    Ça n’apporte pas grand chose à l’histoire, mais quelle virtuosité…

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    • Répondu le 26 février à  18:08 :

      Virtuosité ? Ça reste avant tout un des nombreux disciples de Blutch.

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      • Répondu par le 1er intervenant le 26 février à  21:49 :

        voilà c’est le nom que je cherchais (c’est moche de vieillir)
        BLUTCH.
        il me fait penser à Blutch. J’ignorais que c’était un admirateur de Blutch entre parenthèse.

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        • Répondu par Milles Sabords le 27 février à  07:32 :

          Blutch et Peeters font partis des auteurs mainstream, et Blutch est un adepte de Gus Bofa.

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          • Répondu le 27 février à  07:55 :

            Blutch mainstream, on aura tout lu sur ce forum.

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            • Répondu le 27 février à  08:27 :

              Gus Bofa a influencé beaucoup de monde, notamment Tardi. Blutch n’a jamais été mainstream mais s’est retrouvé très jeune entouré d’une cour d’admirateurs et d’imitateurs plus ou moins serviles dont Blain, Peeters, Larcenet, Duchazeaux et quelques autres.

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              • Répondu par JCD le 27 février à  10:43 :

                Blutch a surtout beaucoup copié JCForest avec beaucoup moins de talent.

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                • Répondu le 27 février à  11:42 :

                  C’est très inexact. Il a très vite digéré Forest. Ce sont deux grands dessinateurs mais la manière de faire de Forest a un peu vieillie, trop estampillée « années 70 ». Blutch est plus « classique » en somme.

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                  • Répondu le 27 février à  18:39 :

                    Blutch a digéré Forest, Bofa, Morris, Jijé et un gros paquet d’influences américaines, notamment issues du New Yorker. Comme chez tous les bons, son style témoigne d’une certaine culture, y compris hors de la bd, comme le montrent ses nombreux pastiches de Balthus. C’est ce qui le distingue de ses nombreux suiveurs, occupés à le copier sans remonter avant ni regarder au-delà.

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                    • Répondu par Milles Sabords le 1er mars à  14:18 :

                      Blutch, c’est juste le remâché de la ligne graphique de Forest, pour les autres auteurs, c’est un fin observateur qui a su en reproduire quelques tics. Il sait dessiner, mais bon, pas de quoi en faire un génie.

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                      • Répondu le 1er mars à  15:06 :

                        C’est vrai que quand on s’extasie sur Jeffrey Scott Campbell.

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                        • Répondu par Milles Sabords le 1er mars à  16:20 :

                          Faites mieux avec autant de ventes et on en reparlera...

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                          • Répondu le 1er mars à  17:26 :

                            Ah parce que les ventes sont un critère pour évaluer le talent ou le bon goût d’un auteur ?

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                            • Répondu par Milles Sabords le 2 mars à  10:07 :

                              Pourquoi, les gens sont censés acheter en fonction de ce que vous estimez bon ou pas ? Donc, vous êtes Dieu. Merci d’être redescendu parmi les mortels.

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                              • Répondu le 2 mars à  11:39 :

                                Non. Je me fiche de ce que les gens achètent ou pas. Ce n’est jamais un critère pour évaluer un ou une artiste.

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                                • Répondu par Milles Sabords le 3 mars à  06:22 :

                                  Très bien, alors n’évaluez pas Hergé, Sfar, Peyo, Uderzo, Zep, Satrapi, Sattouf, Jacobs, Derib, Bilal, etc, etc... à l’aune de leurs ventes, ils sont sûrement de mauvais goût.

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                                  • Répondu le 3 mars à  09:10 :

                                    Mais c’est complètement stupide ce que vous écrivez. C’est un syllogisme.

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                      • Répondu par kyle william le 1er mars à  15:09 :

                        Génie, c’est un peu tôt pour le dire, mais son travail actuel est à des années-lumière de Forest. En tout cas, c’est un dessinateur influent et pillé par des imitateurs sans talent.

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                  • Répondu par Milles Sabords le 3 mars à  06:19 :

                    Vous avez raison, il ne faut plus écouter Mozart ou Gainsbourg, abattre la Tour Eiffel, détruire la Joconde... JC Forest et d’une modernité totalement intacte. Ce n’est pas parce-que un auteur représente une certaine époque que sont talent n’en reste pas moins éclatant.

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                    • Répondu le 3 mars à  09:12 :

                      Oui Forest est démodé mais il était talentueux. C’est vous qui devriez prendre des comprimés, vos posts sont de plus en plus incohérents.

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                      • Répondu par JCD le 4 mars à  09:04 :

                        Incohérents et bourrés de fautes, c’est désagréable à lire. Non, Forest n’est absolument pas démodé, ni son style graphique ni sa narration, ni ses propos. Frederik Peeters est un auteur génial qui ne doit rien à Blutch du tout.

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                        • Répondu le 4 mars à  11:34 :

                          De toute façon, l’histoire de la création est un jeu permanent d’influences, de copies, voire de plagiats. Les gens avisés ont des yeux pour le voir.

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                        • Répondu le 5 mars à  21:46 :

                          Génial me parait exagéré. Quant à Forest je confirme que ses gimmicks d’encrages, ses pleins et ses déliés très marqués font terriblement années 70 aujourd’hui. Un peu comme Pellaert, c’est tout le charme des seventies. Par contre le classicisme virtuose de son complice Paul Gillon n’a pas pris une ride. Même si ses personnages sont habillés façon neo-futurisme 70 également.

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