Un deuxième album de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme.

6 janvier 2021 24
  • GACHETTES DE PREMIER PLAN. Et de deux ! En 2016, Matthieu Bonhomme armé de ses crayons, encres, plumes et couleurs, nous avait proposé un album en hommage à la référence BD à ses yeux ultime, qui, dixit, « lui avait appris à lire et dessiner » : une version toute personnelle de Lucky Luke, le cowboy le plus rapide de l'Ouest et de ses environs ! Un coup de maître. Un coup de maître avisé, dans les pas de géant de Morris, le génial créateur de la célébrissime série originale.

Bonne nouvelle, Matthieu Bonhomme, après l’album L’Homme qui tua Lucky Luke et entre deux tomes de Charlotte impératrice revient au mois d’avril 2021, toujours au scénario et au dessin, pour nous proposer une nouvelle histoire du cowboy créé par Morris et sublimé ensuite par le scénariste René Goscinny. Un album titré : Wanted, Lucky Luke ! , toujours sous la bannière de l’éditeur Lucky Comics. Une nouvelle occasion de faire mouche ?

Un deuxième album de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme.
Couverture provisoire ( et seule image disponible) pour un Lucky Luke recherché, accompagné d’autres fines gâchettes !

En juin dernier, Bonhomme disait à notre rédacteur en chef Charles-Louis Detournay à ce propos : « En effet, alors que j’alternais précédemment les tomes de différentes séries, pour la première fois de ma carrière, j’ai directement enchaîné avec le tome deux. Parce que nous n’avons pas tout dit dans le premier tome ! [...] Par contre, il faut également garder l’énergie nécessaire pour s’investir dans une telle saga. Au départ, comme la série était une trilogie, j’avais voulu les réaliser d’un seul tenant, ce que je n’avais jamais fait. Mais comme l’acte central s’est étoffé, au point de devenir deux tomes séparés, je vais donc marquer une pause avec un projet personnel après ce tome deux, afin de revenir avec une nouvelle énergie pour les tomes trois et quatre. » Le « projet personnel » est ce Lucky Luke.

En 2016, Matthieu Bonhomme fait un carton plein avec sa reprise de Lucky Luke.
Photo : Charles-Louis Detournay.

Voici le résumé de ce nouvel opus, version "vu par " : Alors qu’il vient d’être attaqué par un chasseur de prime, Lucky Luke découvre qu’il est recherché pour meurtre et que sa tête mise à prix ! Pas le temps de digérer la nouvelle qu’il se retrouve à secourir un convoi de bétail en bien mauvaise posture, mené par trois sœurs aussi ravissantes qu’intrigantes. Gentleman comme toujours, Lucky Luke se propose de les escorter jusqu’à destination. Mais dans ce contexte tendu d’hypothétique massacre par les Indiens, de pillage du troupeau et de traque de la plus célèbre gâchette de l’Ouest par un mystérieux ennemi, le plus grand danger ne viendrait-il pas de ces belles jeunes femmes a priori sans défense ?

Lucky Luke par Morris ou, ici, Bonhomme : plus que jamais un festival de gâchettes !
Photo : Frédéric Hojlo.

Bonne nouvelle, car si Morris est un immense auteur de BD, un maître de gros calibre qui à beaucoup réfléchi à son art, Matthieu Bonhomme est aujourd’hui une des plus sûres gâchettes du 9e art.

Parce que, oui, la BD est bien un art , faut-il le rappeler : alors que se multiplient toujours plus les "aligneurs de cases", quels que soient les genres, styles, formats [1], qui prennent les atours de simples bricoleurs, révolutionnaires hypothétiques et autres tenants de « ce n’est que de la BD ! » ; à la cadence, pour arranger le tout, imposée par la très contreproductive et difficilement contestable gentrification du média, dont on nous impose la marche en avant. Un véritable jeu de la roulette russe pour la bande dessinée ?

La BD est bien plus qu’un simple alignement de cases, vaguement reliées par un semblant de narration...
... Rythme, dynamisme, ambiance, composition, dessin, encrage, couleurs... la BD est un art, et Matthieu Bonhomme un maestro !

« Je suis un dessinateur franco-belge de tradition Dupuis-Dargaud, disait Bonhomme dans une autre interview à Charles-Louis Detournay. J’ai grandi en lisant les bande dessinées de tous ces auteurs qui ont mis en place les systèmes graphiques de narration dans lesquels nous évoluons : Tillieux, Peyo, Franquin, Jijé, sans oublier bien entendu Morris. Puis, dans la veine du western qui nous occupe, j’ai été aussi influencé par Giraud, puis Rossi, et les autres, une filiation dans laquelle je m’intègre. Je revendique donc cette lignée que je n’ai pas toujours assumée à l’époque où l’on faisait un clivage entre la BD underground et la BD grand public. » disait toujours Bonhomme sur ActuaBD , qui dans cet entretien, en héritier avisé, nous donne une belle leçon sur l’art de la BD, surtout la couleur, avec pour maître-mot la lisibilité. »

Une leçon à méditer pour les coloristes numériques, rois des filtres et des dégradés intempestifs, néanmoins très décoratifs, qui travaillent sur images éclairées (écrans) sans anticipation maîtrisée de la version imprimée qui ressortira trop foncée, sans contraste -élément capital- et donc difficilement lisible, coloristes qui accaparent ainsi la page et sabordent la narration. Encore des aligneurs de cases...

Alors que la BD, son art, sont bien trop souvent malmenés, et que du coup le lecteur, dont le budget se resserre en plus d’être très sollicité par ailleurs, trouve assez justement qu’il a mieux à faire, un artiste et un grand professionnel comme Matthieu Bonhomme font du bien dans le paysage, qu’il soit du Grand Ouest ou d’ailleurs.

(par Pascal AGGABI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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À propos de Matthieu Bonhomme, lire également :
- Notre article concernant son premier tome de Lucky Luke : Les 70 ans de Lucky Luke : vie, mort et autres résurrections
- Son interview concernant cette reprise en 2016 : « Lucky Luke est ma référence fondatrice, la série qui m’a guidé vers le western. »
- Coup de cœur de la Rentrée 2018 : "Charlotte impératrice" par Nury, Bonhomme & Merlet
- une interview de Bonhomme concernant Charlotte impératrice : « Quand je raconte une histoire, je suis toujours en empathie pour mes personnages »
- La chronique du second tome de Charlotte impératrice
- Un long article introductif de l’œuvre de Matthieu Bonhomme et de ses débuts : Sacré Bonhomme !
- Les chroniques des tomes d’Esteban : tomes 1, 2, 3, 4 et 5, mais également son passage chez Dupuis après l’arrêt de Capsule Cosmique malgré une présentation remarquée au festival d’Angoulême 2006
- Les chroniques du Marquis d’Anaon : tomes 3, 4 et 5
- Messire Guillaume et l’interview accordée par Bonhomme & de Bonneval : "Le bestiaire fantastique de ’Messire Guillaume’ est fidèle aux croyances du Moyen-âge"
- Texas Comboy dans "Trondheim, on aime !", ainsi que Omni-visibilis
Ainsi qu’une précédente interview : "Je veux m’échapper de mon quotidien en dessinant. "

[1Bien sûr, s’il existe des "aligneurs de cases", quels que soient les genres, styles, formats et on peut rajouter "éditeurs". Il existe aussi, parce que rien n’est simple, de beaux talents quels que soient les genres, styles, formats... chez tous les éditeurs.

 
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24 Messages :
  • Un deuxième album de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme.
    6 janvier 08:49, par vital SPREUWERS

    Dans le premier paragraphe du texte, il serait bon de préciser que BONHOMME parle de la série "Charlotte" !

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  • J’aime beaucoup le travail graphique de Mathieu Bonhomme depuis "L’âge de raison". Ceci étant dit, son Lucky Luke était sympa mais l’histoire pas géniale. Il aurait dû s’adjoindre les services d’un bon scénariste. Pour comparaison, ses 2 tomes de "Texas Cowboys" sont une merveille pour moi. Un régal et bien supérieur à son "Lucky Luke". Car finalement, les 2 seuls points positifs (je ne parle pas du dessin), c’est d’avoir réintroduit Laura Legs et de nous avoir expliqué comment le héros s’était arrêté de fumer. Pour le reste du scénario... pfff ! Même dès la toute première planche, on sait déjà que ce n’est pas Lucky Luke qui se fait descendre. C’est "téléphoné" et bien dommage, ça méritait mieux au niveau de l’histoire. Quant au dessin, il y aurait juste un peu à redire parfois sur le visage du héros (et même de son cheval) mais rien de trop conséquent.

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  • Formidable ! Bonhomme est un bon et Lucky Luke le mérite. C’est quoi la gentrification de la bd ?

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    • Répondu par Milles Sabords le 6 janvier à  13:19 :

      En gros, la gentrification (issu de l’Anglais) c’est de transformer : un art, un tissu social, de l’immobilier, des marchandises, accessible à tous, par une offre plus chère, plus restreinte et accessible à peu de monde sauf une élite aisée. C’est ce qui arrive actuellement dans la BD avec le roman-graphique et autres joyeusetés comme la BD Brut ou Alternative.
      Ceci dit, Bonhomme prend au fil des années et des albums, une épaisseur graphique qui mêle avec habilité respect du travail de ses illustres prédécesseurs en suivant leurs jalons, sans jamais dénaturer les bases de la BD en restant moderne.

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      • Répondu le 6 janvier à  14:50 :

        C’est vrai que les romans graphiques c’est plus cher que les albums standards mais il y a plus à lire aussi. De façon générale c’est le livre qui est cher. C’est toute la culture qui est gentrifiée. Regardez le prix des romans pas en poche ! Et pourtant le texte en noir et blanc ça coûte pas cher à imprimer.

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        • Répondu par Sergio Salma le 6 janvier à  17:22 :

          À ce compte-là il y a eu gentrification (bon sang comme ce terme est inapproprié ) quand la bande dessinée a quitté le journal ou le magazine pour devenir un livre, un album. Puis quand il y a eu passage du broché au cartonné généralisé . Puis quand vers les années 90 on a vu des albums plus luxueux coûter l’équivalent de 15 ou 20 euros d’aujourd’hui. La collection les romans (à suivre) ou la collection Grafica de Glénat ou les 30X40 Futuropolis ça date pas de l’année passée. La gentrification ultime étant la réédition version luxe et remasterisée des albums que tout le monde possède ou a possédé bien plus que le roman graphique. Un bouquin de 200 ,300 pages qui coûte 50 ou même 80% plus cher qu’un 46 pages classique je sais pas quel est le livre le plus cher . Et parlez pas de couleur les différences de coûts d’impression sont minimes. Oui il y a des récits plus longs avec moins de décors mais il y a aussi des 46 ou 60 pages bien coloriés bien jolis qui se lisent assez vite.
          Mais depuis quand le temps de lecture devrait être pris en compte ? On achète pas au poids ou au mètre . Et donc un cd ou un album ou un mp3 des Beatles devrait coûter moins cher parce que leurs chansons font même pas 3 minutes pour la plupart ?

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          • Répondu par Henry le 6 janvier à  17:53 :

            Hormis les albums broches, les albums cartonnes ont toujours ete chers. C’est pour cela que lorsque j’etais adolescent, ma collection etait essentiellement constituee d’albums de chez Dupuis car la majorite de leur production sortait en broches, ideal pour un petit budget.

            Cela ne s’est vraiment pas arrange avec le temps. Mais alors pas du tout !

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            • Répondu par kyle william le 6 janvier à  20:14 :

              Il y a les manga, qui proposent beaucoup de pages pour un petit prix. Ils proviennent du japon, mais ils sont l’équivalent des petits formats qu’on trouvait en kiosque dans les années 50 à 80 et qui provenaient principalement d’Italie. La BD populaire aujourd’hui, c’est les manga.

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              • Répondu par Sergio Salma le 6 janvier à  23:49 :

                Avec pour notable différence que le jeune lecteur de manga va payer c’est vrai 7 ou 8 euros mais 10 fois par an s’il suit une collection en cours.

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                • Répondu par kyle william le 7 janvier à  06:36 :

                  Ce n’est pas différent. Les petits formats italiens étaient des mensuels.

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                  • Répondu par Sergio Salma le 7 janvier à  12:51 :

                    Pas du tout pareil . Un lanciostory de 1980 coûtait 600 lires l’équivalent de même pas 1 euro. Ce que je veux dire c’est que les mangas soit disant populaires parce que moins chers sont en réalité chers à l’année. Et super rentables. Ce n’est pas de la création et l’éditeur européen dispose de la totalité de la série pour proposer une édition soutenue . Les périodiques italiens que j’achetais avec gourmandise étaient justement des revues de création et non des recueils. Et je n’oppose pas les uns aux autres étant client de tout ça. J’aime autant acheter le mensuel ,l’hebdomadaire cheap que les albums de Chris Ware... l’aspect populaire de la presse BD est un phénomène à remettre dans les contextes temporels et géographiques. L’argent de poche des classes populaires des années 50 est une chose spécifique. Le moindre gamin aujourd’hui a dans sa poche un portable qui coûte 200euros .

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                    • Répondu par kyle william le 7 janvier à  14:14 :

                      Et il se paye des mangas avec son argent de poche. CQFD. C’est bien parce que le coût de la vie et le montant de l’argent de poche ne sont plus les mêmes que le manga est la BD populaire d’aujourd’hui.

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                      • Répondu le 7 janvier à  22:10 :

                        C’est pas le sujet les manga, le sujet c’est le Lucky Luke de Bonhomme. Il est pas mal, il est un peu juvénile et il a volontairement gommé tout l’humour. A tel point qu’on ne l’imagine pas dessiner les Dalton ni Ran-Tan-Plan. C’est un hommage à Morris, pas à Goscinny.

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                    • Répondu le 8 janvier à  12:13 :

                      " Le moindre gamin aujourd’hui a dans sa poche un portable qui coûte 200euros ."
                      Alors dans un milieu social tres élévé parce que je ne connais aucun gamin qui a un telephone a 200 boules.
                      Pour le prix du manga, vous avez raison au bout de la serie c’est tres cher, comme le prix du livre en general.
                      Heureusement qu’il y a les bouquineries, voire les bibliotheques quand on a pas d’argent

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  • C’est vrai que le terme aligneur de case est bien approprié à nombre d’auteurs contemporains dont le travail laisse sur sa faim, alors que Matthieu Bonhomme produit une qualité graphique et de narration digne des grands anciens de la franco-belge qui nous en donnaient pour notre argent ;)

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    • Répondu par Hosni le 6 janvier à  22:56 :

      digne des grands anciens de la franco-belge qui nous en donnaient pour notre argent

      Aïe aïe aïe, c’est le club des ringards dans les commentaires d’Actuabd..

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      • Répondu le 7 janvier à  06:37 :

        C’est pas nouveau. Au moins, Bonhomme mérite vraiment ces éloges.

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      • Répondu par Milles Sabords le 8 janvier à  17:41 :

        S’il n’y avait pas eu le franco-belge pour poser les bases du métier il n’y aurait pas de bd "moderne". D’ailleurs, qu’est-ce qui est réellement moderne ou ringard ? C’est juste une histoire de mode, et comme il n’y a pas plus démodé que ce qui est à la mode...

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        • Répondu le 8 janvier à  22:54 :

          Non, les franco-belges n’ont pas tout inventé. C’est du nombrilisme. Winsor Mc Kay n’était ni français, ni belge.

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        • Répondu le 9 janvier à  02:38 :

          Les bases du métier ont été posées par les auteurs américains, bien avant les Français et les Belges. Ces derniers se sont inspirés des premiers.

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          • Répondu par Milles Sabords le 9 janvier à  13:41 :

            Ouais... on peut encore remonter plus loin, la BD étant un Art Séquentiel, on peut dire qu’elle a été inventé avec les hiéroglyphe Egyptien ou la tapisserie de Bayeux, en Perse (l’an 1156) ou en Chine (l’an 105). Sans oublier Rodolphe Töpffer qui l’a vraiment inventé et dont ses travaux se sont largement diffusés à travers l’Europe et surtout l’Amérique, ce qui a sûrement donné des idées à Winsor McCay... et que dire du travail de Walt McDougall ! Toutes les générations ont apportés leurs pierres à l’édifice. Ne réduisons pas les auteurs franco-belge a de simples suiveurs ou exécutants, allons, allons !

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            • Répondu le 9 janvier à  15:06 :

              Non, mais ils n’ont pas tout inventé non plus. Bien loin de là.

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              • Répondu par Milles Sabords le 10 janvier à  07:02 :

                J’ai dit "poser les bases du métier", je n’ai pas dit "tout inventé".

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                • Répondu le 10 janvier à  19:04 :

                  Eh bien disons que les franco-belges font partie de ceux qui ont posé les bases du métier.

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