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Kenny Ruiz (dessinateur) : « Reprendre Tezuka c’est aussi lourd que de porter le monde » [INTERVIEW]

Kenny Ruiz, mangaka, dessinateur de BD et de comics « depuis 20 ans et heureux de toujours survivre » est originaire de Grenade, en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Connu et apprécié en France pour "Magic 7" et "Télémaque" (Dupuis), il débute, depuis janvier 2022, "Team Phoenix" (Vega Dupuis). Ce nouveau manga s’imprègne et rend hommage aux univers du grand Osamu Tezuka. Retour sur 20 ans de carrière.

Comment devient-on auteur de BD ?

Kenny Ruiz : Depuis petit, je me souviens avoir toujours dessiné. Sauf que d’habitude les enfants s’arrêtent un jour… Pas moi (grand rire.)

Vers mes 14 ans, mon grand frère m’a conseillé de faire des dessins, puisque je ne faisais rien d’autre, mais d’en faire quelque chose d’utile. Alors j’ai fait une école d’art, à Grenade, où j’ai commencé les fanzines avec mes amis. Puis j’ai intégré l’une des plus grandes écoles de BD en Espagne : l’école JOSO de Barcelone.

Grâce à elle, j’ai découvert comment fonctionne le grand monde de la BD, j’ai créé mes premiers projets et je suis allé faire le tour des festivals pour les montrer. À Angoulême, j’ai rencontré les éditions Paquet qui m’ont engagé (Le Chasseur d’éclairs) et c’était parti !

Kenny Ruiz (dessinateur) : « Reprendre Tezuka c'est aussi lourd que de porter le monde » [INTERVIEW]
A la Japan Expo 2022 les dédicaces vont bon train
© Kelian Nguyen

Quelles différences voyez-vous entre BD et manga ?

KR : Tout est absolument différent : en BD, on dispose de moins de pages, il y a donc plus d’informations par page, plus de dialogues… Les dialogues sont les supports de l’histoire, les illustrations sont un complément. Dans le manga c’est l’inverse, il y a moins d’infos dans les bulles et donc plus dans l’impact dans les planches. Le manga est plus dans les émotions et moins dans l’histoire.

Le deuxième tome de "Team Phoenix" est disponible depuis juillet
© Vega Dupuis

En BD, je vais plus penser la structure des dialogues et celle l’histoire. Il faut donc que je contrôle les infos que je distille dans chaque case.

En manga, le focus est beaucoup plus sur les cliffhangers, sur le charisme des personnages, plus sur l’impact des dessins.

En plus de ça, dans mes projets BD, j’ai souvent travaillé avec un scénariste (Kid Toussaint pour Magic 7 et Télémaque…) C’est donc plus facile de travailler avec un auteur surtout quand on a une bonne relation, et c’est le cas avec Kid. Lui écrit et moi j’ai pour seule consigne la liberté et le devoir de rendre ce qu’il écrit le plus beau possible. Mon travail se résume à de l’art : je me focalise sur les dessins et sur leur composition. C’est vraiment un super travail d’équipe.

Dans la série "Télémaque" Kenny Ruiz et Kid Toussaint réécrivent "l’Odyssée"
© Dupuis

Dans Team Phoenix vous reprenez les univers d’Osamu Tezuka, était-ce difficile pour vous ?

Osamu Tezuka
© Tezuka Productions

KR : Oh que oui ! C’était aussi lourd que le monde. Il y a beaucoup de pression et de responsabilité dans ce projet. Mais le plus lourd reste de passer après le talent incommensurable de Tezuka Sensei. Pour ça, je dois comprendre les personnages, pourquoi il a fait telle ou telle chose… Je dois apporter ma touche tout en respectant son travail. Pour m’aider j’avais le feed-back de Makoto Tezuka, son fils, qui travaille pour Tezuka Production, ainsi que celui d’Akita Shoten Publisher qui m’ont recommandé et guidé dans ce projet.

Mais pour moi, le plus important, c’était de rendre hommage en apportant ma patte tout en faisant une histoire intéressante et unique pour les fans sans trahir les personnages de Tezuka. C’était beaucoup de pression, mais cette pression m’a forcé à repousser mes limites.

D’où vient l’histoire de Team Phoenix ?

KR : Tezuka Production voulait que je fasse les Avengers avec les personnages de Tezuka. J’ai donc relu mes mangas préférés de Tezuka. Et, je me suis arrêté sur celui où Astroboy se bat contre Blue Knight. Ce combat déclenche une guerre entre les hommes et les robots. À ce moment-là Astroboy n’a plus sa mémoire, il ne sait pas quoi faire : il débute la guerre avec les robots avant de changer de camp. J’ai ensuite découvert que Tezuka n’aimait pas vraiment cette histoire, j’ai donc voulu partir de là.

© Vega Dupuis

En plus, je me suis rendu compte que tous les personnages ont un petit sidekick (acolytes) : Hyakkimaru a Dororo, Black jack à Pinoko,… et tout ces petit personnages forment le chœur du personnage principal. Le personnage principal est au cœur de l’action et l’acolyte représente la conscience. J’ai donc créé un nouveau sidekick qui ferait le lien avec tous les personnages de Tezuka. C’est dommage, parce que j’abandonnais Pinoko ou Dororo mais j’ai créé Fire et elle est la connexion entre tous les univers de Tezuka. C’est le pitch que j’ai présenté à Tezuka Production, ils l’ont accepté et j’ai trouvé ça fou.

Et maintenant, vers quoi se dirige votre carrière ?

KR : Le troisième Team Phoenix est fini, je vais, ensuite, continuer jusqu’au 5e pour pouvoir finir l’arc narratif. Après j’aimerais vraiment travailler de nouveau avec Kid en BD peut-être pour un nouveau cycle de Télémaque, peut-être sur un nouveau projet, parce que Kid a toujours de très bonnes idées. Ce serait la possibilité de s’amuser, de créer et de dessiner un nouvel univers. Mais j’aimerais, aussi, continuer à faire des mangas pour le Japon parce que c’est très stressant mais aussi très challengeant et je veux me prouver que je peux proposer un nouveau projet avec mon histoire et mes propres personnages.

En ce moment, j’ai beaucoup d’idées, c’est vrai, mais je suis vraiment concentré pour conclure parfaitement la fin de Team Phoenix. J’adore cette série et je veux faire une belle fin pour les lecteurs japonais comme pour les Occidentaux et je pense que je vais bientôt toucher au but.

© Kelian Nguyen

(par Kelian NGUYEN)

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Code EAN : 9782379501708


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