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Décès de Diane Noomin, figure de la BD underground féministe US

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 4 septembre 2022                      Lien  
Diane Noomin, artiste majeure de la BD alternative américaine, est décédée ce jeudi 1er septembre 2022 à l’âge de 75 ans. Épouse du fameux dessinateur Bill Griffith, elle est surtout connue pour ses bandes dessinées pionnières dans le domaine de l’émancipation féministe, n’hésitant pas d’aborder au cœur des années 1960 des sujets aussi transgressifs que la masturbation féminine, la nudité la plus crue, ou encore les sujets alors tabous de l’avortement ou des fausses couches.

Diane R. Noomin, née Rosenblatt, le 13 mai 1947 fait des études d’art avant de rejoindre en 1972, l’équipe de Wimmen’s Comix, une publication exclusivement conçue par des femmes animée par la dessinatrice Trina Robbins et l’éditrice Patricia Moodian, rapidement rejointes par Michele Brand, Lora Fountain, Aline Kominsky-Crumb, Lee Marrs, Sharon Rudahl, Shelby Sampson ou Janet Wolfe Stanley, en réaction au tropisme décidément machiste de la scène des comics US, y compris celle de la BD alternative. Noomin participe aussi à Tits & Clits dont la publication précède Wimmen’s Comix où est abordée avec fierté par des femmes l’homosexualité féminine.

Décès de Diane Noomin, figure de la BD underground féministe US
© Diane Noomin

Noomin est surtout connue pour sa série Didi Glitz qu’elle publia pour la première fois dans la revue Short Order Comix dirigée par Art Spiegelman, en 1974, puis dans les sept numéro d’Arcade, codirigé par Bill Griffith et Art Spiegelman, jusque dans les années 1990.

Quand Didi Glitz se farcit Donald Trump...
© Diane Noomin

En 1975, en raison de divergences tant esthétiques que politiques, Diane Noomin et Aline Kominsky quittent Wimmen’s Comix pour créer leur propre revue, Twisted Sisters, qui deviendra plus tard une série d’anthologies où elles publieront bon nombre de ces autrices qui n’étaient pas des donneuses de leçon, mais capables, dans le registre de l’autobiographie, à l’instar du Bitchy Bitch de Roberta Gregory, de produire un humour féroce, notamment à l’endroit de ces mâles si sûrs d’eux, allié à une touchante autodérision.

Twisted Sisters N°1. Une couverture d’Aline Kominsky-Crumb avec Diane Noomin en médaillon.
© Last Gasp

Le travail d’éditrice de Noomin est d’ailleurs déterminant pour comprendre la scène Underground de ces années-là. En 1978, elle publie chez l’iconique éditeur Print-Mint de San Francisco, le collectif Lemme Outa Here qui évoque précisément la scène alternative des années 1950 sous sa signature mais aussi sous celles de Michael McMillan, Robert Armstrong, Griffith, Robert Crumb, Aline Kominsky, Kim Deitch, Justin Green, Mark Beyer, ou M. K. Brown.

En 1980, alors que Françoise Mouly et Art Spiegelman lancent la revue Raw, un théâtre de femmes de San Francisco adapte pour la scène sa série Didi Glitz sous la forme d’une comédie musicale : I’d Rather Be Doing Something Else — The DiDi Glitz Story qui remporte un grand succès. Elle en assure la mise en scène et les costumes avec l’aide de Kim Deitch, Paul Mavridès et Bill Griffith. Le show sera repris plusieurs fois plus tard.

Au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris en 2007 à l’occasion de l’exposition "De Superman au Chat du rabbin", (de g. à dr.) : Aline Kominsky-Crumb, Diane Noomin et Myriam Katin.
Photos : Laurent Mélikian.

Bad Girl Art

En 1984, après dix ans d’exil, elle redevient une des principales contributrices de Wimmen’s Comix mais aussi de la revue Weirdo de Robert Crumb. La plupart de toutes ces publications sortent sous le label de Last Gasp à San Francisco.

En 1991, elle publie chez un grand éditeur, Viking Penguin, une anthologie des productions de son groupe d’autrices, Twisted Sisters : A Collection of Bad Girl Art, qui remporte un grand succès qui lui vaut d’être récompensée par un Inkpot Award l’année suivante. Plusieurs anthologies de ce genre seront publiées par Kitchen Sink Press dans la foulée, contribuant à faire connaître la créativité de la scène alternative féminine des années 1960-1980.

Récemment, en 2019, elle avait publié chez Abrams Books le collectif Drawing Power : Women’s Stories of Sexual Violence, Harassment, and Survival, récompensé aux Eisner Awards l’année suivante. Ce volume a été traduit en français par Samuel Todd aux éditions Florent Massot sous le titre Balance ta bulle : 62 dessinatrices témoignent du harcèlement et de la violence sexuelle, en 2020.

Cette vie de combat pour la cause des femmes s’éteint au moment où les valeurs conservatrices de l’Amérique font un come-back inquiétant. Il est évident que Noomin restera une inspiration pour toutes les artistes féministes qui lui succèderont.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Code EAN : 9782380352283

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1 Message :
  • Décès de Diane Noomin, figure de la BD underground féministe US
    5 septembre 2022 03:19, par Bernard Joubert

    Dans son autobiographie récemment traduite en français, Trina Robbins évoque en mal Diane Noomin (et Aline Kominsky-Crumb), répondant en cela au mal que disait d’elle Noomin dans un recueil autobiographique de Kominsky-Crumb. En plus des "divergences tant esthétiques que politiques" qu’évoque l’article de Didier, ces rancœurs qui continuent à être vives un demi-siècle après donnent le sentiment qu’il y avait aussi dans ces comix féministes des conflits de personnalité.

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