Mécanique céleste - Par Merwan - Dargaud

26 janvier 2020 3 commentaires
  • Sélectionné pour le Prix Fnac/France Inter et le festival d'Angoulême, "Mécanique céleste" propose un récit aussi dynamique que divertissant, supporté par de vraies prouesses techniques et une audacieuse mise en page.

Dans un monde post-apocalyptique, Aster survit en marge de la cité agricole de Pan, au ban de la communauté. Avec l’aide de son ami Wallis, le fils du chef de cette société autarcique, Aster tente de dénicher les dernières traces de civilisation afin de les échanger contre un peu de nourriture. Elle peut également compter sur sa redoutable précision de tir pour toucher des oiseaux en plein vol !

Mécanique céleste - Par Merwan - Dargaud

L’équilibre fragile de la communauté bascule à l’arrivée d’un émissaire de la puissante république militaire de Fortuna qui exige le rattachement de Pan à Fortuna ainsi qu’un tribut de nourriture, menaçant d’envahir leur cité par la force.

Dos au mur, les habitants de Pan s’en remettent à la mystérieuse "Mécanique céleste" pour arbitrer leur destin… Leur surprise sera de taille lorsqu’ils découvrent que l’avenir de leur cité va se jouer à… la balle au prisonnier ! Forte de son talent au lancer, Aster sera de la partie, même si elle reste envers et contre tout une extra-Pan.

Nous n’aurons pas l’audace de vous présenter à nouveau Merwan, sans doute l’un des auteurs les plus doués de sa génération dans sa capacité à mêler récit impliqué avec un fond parfois plus léger. Citons entre autres Pour l’Empire, Jeu d’ombres, Le Bel Âge, Jeanne, L’Or et le Sang, avec des collaborations signées Fabien Nury, Gatignol, Fabien Dedouel et Bastien Vivès, excusez du peu !

S’il faut trouver une quelconque origine à cette Mécanique céleste, c’est plutôt du côté du tout premier album de Merwan que l’on peut la trouver. Publié en 2004 chez Vent d’Ouest, Pankat tire son nom d’un art martial dur développé en véritable philosophie de vie par ceux qui le pratiquent, à commencer par Mané, un jeune homme sûr de lui.

Il avait fallu attendre 2009 pour obtenir la suite de cette histoire, via un gros pavé de 200 pages dans un format réduit. Le résultat était pourtant à la hauteur de notre patience, car l’histoire complète, renommée Fausse Garde, nous avait proprement conquis, ainsi que nous l’écrivions à l’époque : « Outre l’inventivité du scénario et la psychologie des personnages, le grand attrait de Fausse Garde réside dans les combats savamment orchestrés de cet art martial total. Déflorant graduellement son Pankat, Merwan coupe parfois certains combats pour maintenir l’intérêt du lecteur, tout oscillant esthétiquement entre la bande dessinée et l’animation. Ses incroyables cadrages et les changements de règles au cours du récit permettent maintenir la pression jusqu’au dénouement final, surprenant. Arrivé à la fin, on redemande ! »

Nous voilà servis, dix ans plus tard, car pour Mécanique céleste où Merwam reprend ce mélange de compétition et de développement d’un personnage central au cœur d’une société qui se dévoile progressivement au lecteur. Il va pourtant plus loin dans ce one-shot

Par l’aspect post-apocalyptique, d’abord, qui permet de jeter un regard sur notre monde d’aujourd’hui et surtout d’imaginer comme de nouveaux équilibres pourraient se mettre en place dans le futur, notamment dans l’expression perverse nos petites perversions humaines, à savoir la capacité des puissants de jouer de leur force pour accroître leur pouvoir, tout en procurant au peuple des jeux d’apparence banale (mais où les participants jouent leur destin).

La seconde vertu de Mécanique Céleste tient dans la volonté de Merwan de livrer directement la totalité d’un gros one-shot de deux cents planches sans essayer d’imposer une série de plusieurs tomes. Le marché actuel est heureusement plus propice qu’il y a quinze ans à ce type de proposition.

Outre son récit aux personnages originaux et attachants, le plus grand attrait de Mécanique céleste tient dans son découpage ultra-dynamique ! Fort de son expérience dans le jeu vidéo et comme storyboarder dans l’animation, Merwan repousse les limites de l’exercice pour livrer des séquences de "combat-jeu" d’une très grande fluidité et si bien rendues qu’on se croirait dans un film. Ajoutons à cela un trait nerveux sur des planches de grand format superbement rehaussées de couleurs à l’aquarelle qui ont subjugué les visiteurs de son exposition cet automne dernier à Paris.

Très divertissant sur le fond et extrêmement bien réalisé dans sa forme, Mécanique céleste est parvenu à entrer dans le carré très prisé des albums parus en 2019 qui ont été sélectionnés pour le populaire Prix BD Fnac / France Inter et la pointilleuse sélection du FIBD d’Angoulême (dans la sélection « jeunes adultes » pour sa part). Au même titre que Le Château des animaux, Le Dernier Atlas, Dracula (de Georges Bess), Les Indes fourbes, In Waves, Le Loup, et Révolution T1, ou encore Dans la tête de Sherlock Holmes.

S’il n’a pas pu décrocher le Prix BD Fnac / France Inter remis à In Waves, Merwan mériterait pleinement de recevoir un prix à Angoulême, couronnant son implication lors de ces quinze dernières années. En attendant d’en savoir plus dans quelques jours, nous vous proposons de revenir sur quelques planches exposées récememnt à la galerie Huberty-Breyne, lesquelles témoignent de son talent et diffèrent d’ailleurs quelquefois de la version publiée dans l’album :









(par Charles-Louis Detournay)

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Sur le même sujet, lire Merwan expose sa "Mécanique Céleste" (Paris) et la précédente série reprise en intégrale Fausse Garde.

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Du même auteur, lire quelques-uns de nos précédents articles :
- Le Bel Âge, tome 1 et tome 2
- Pour l’Empire avec Bastien Vivès : tome 1, tome 3, un article général « Pour l’Empire », un incontournable de la rentrée et l’interview de Merwan : "Pour l’Empire" est prétexte à une histoire un peu métaphysique"
- Jeu d’ombres T1/2 : Gazi ! - Par Loulou Dedola & Merwan - Glénat
- Fausse Garde
- Pistouvi prend des couleurs et cède la vedette à Jeanne… avec Gatignol.
- L’Or et le sang, par Nury, Defrance, Merwan & Bedouel (12bis-Glénat) : tome 1, tome 2.

Toutes les photos sont : Charles-Louis Detournay.

 
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3 Messages :
  • Mécanique céleste - Par Merwan - Dargaud
    26 janvier 19:51, par Breugnol

    Le livre est sorti en septembre 2019, c’est maintenant que vous en parlez ?

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 27 janvier à  02:36 :

      Non, nous avions déjà réalisé un article début novembre, qui disait entre autres ceci :

      Trois ans de travail pour un résultat très impressionnant, tant dans le rendu graphique que dans l’impact de la mise en page. On apprécie l’audace de la construction de certaines planches, leur dynamisme, ainsi que ces illustrations réalisées en dehors de l’album, ou encore ces audacieuses pleine-pages, dont cette surprenante planche qui ne contient qu’une seule onomatopée.

      Toutefois, j’avais l’envie d’aller encore plus loin dans l’analyse et la présentation de ce récit, c’est pourquoi j’ai remis le couvert en faisant le lien avec Fausse garde, un album que j’avais particulièrement apprécié en 2009.

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