Rencontres de l’illustration de Strasbourg : une 4e édition en l’honneur de Blutch et en mémoire d’Ungerer

27 mars 2019 1 commentaire
  • Depuis jeudi dernier ont lieu les Rencontres de l'illustration de Strasbourg et, cette année, ce sont deux enfants prodiges de la ville alsacienne qui sont mis à l'honneur. Blutch, l'un des dessinateurs les plus doués de la "Nouvelle Bande Dessinée" et Tomi Ungerer, un géant de l'illustration mondialement reconnu qui nous a quittés en février dernier.
Rencontres de l'illustration de Strasbourg : une 4e édition en l'honneur de Blutch et en mémoire d'Ungerer
Blutch lors d’une masterclass à Lausanne en septembre 2018 (photographie : F. Hojlo).

Le réalisateur Patrice Leconte (Les Bronzés, Le Magasin des Suicides, Voir la Mer...) comparait naguère, dans les pages d’ActuaBD, Blutch à Mozart en ces termes « Il y a certaines fées particulières qui se penchent sur certains berceaux et qui donnent le don de la musique à Mozart, et celui du dessin à Blutch. » Lauréat du Grand Prix d’Angoulême il y a tout juste dix ans et du Prix Wolinski en 2017, le dessinateur originaire de Strasbourg est un virtuose de la bande dessinée. Il est l’un des créateurs les plus admirés du 9e Art, aussi bien en France qu’internationalement et sa ville natale le lui rend bien.

Blutch, planche extraite de La Volupté, Futuropolis, 2006. Crayon de papier et crayons de couleur sur papier, 29,7 × 21 cm
© Blutch/ Futuropolis 2006. Collection privée, courtesy MEL Compagnie des Arts Photo : MEL Compagnie des Arts

Depuis le 22 mars et jusqu’au 30 juin 2019, vous pourrez ainsi retrouver trois expositions dédiées à l’artiste ainsi qu’une autre du 21 mars au 20 avril 2019.

Dans Blutch - Art mineur de fonds, au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, le dessinateur expose certaines de ses planches aux côtés d’œuvres venant de quatre musées de la ville et sélectionnées par l’artiste lui-même. Un dialogue entre œuvres de Blutch, Gustave Doré, Tomi Ungerer, Renoir et bien d’autres...

Blutch, mise en couleurs de la planche 3 du chapitre « Portrait de Luchino Visconti » Lavis d’encre sur photocopie N&B, 29,7 × 42 cm
Collection de l’artiste © Blutch/ Dargaud 2011. Photo : Dargaud
Blutch, dessin de couverture de Total Jazz, Cornelius, 2013.
Stylo pinceau sur papier, 29,7 × 21 cm Collection de l’artiste © Blutch/ Cornélius 2013. Photo : Musées de la Ville de Strasbourg

L’exposition Hors-la-Loi, composée à partir de planches originales du Petit Christian et de Mais où est Kiki ?, permet d’observer la carrière de l’artiste à travers deux œuvres différentes et réalisées à plus de deux décennies d’écart.

Cinéphile de longue date, Blutch s’était attaqué au 7e Art dans son essai-bande dessinée Pour en finir avec le cinéma publié chez Dargaud. Une exposition éponyme se tient à L’Aubette 1928 où sont exposés les dessins originaux de cet album.

Blutch, « Je te veux », dessin extrait de l’édition intégrale de Mitchum, Cornelius, 2005.
Stylo feutre, correcteur, collage, 24 × 16,9 cm Collection de l’artiste © Blutch/ Cornelius 2005. Photo : Dargaud

Outre le cinéma, l’artiste alsacien est un grand amateur de jazz et bien évidemment d’illustrations, qu’elles soient à destination de la presse ou de la jeunesse... Toutes ces influences inspirent Blutch et nourrissent son univers. Il est possible de s’en rendre compte grâce à l’exposition Un autre paysage - Dessins 1994-2018 composée d’originaux venant de sa collection personnelle. De David Mazzuchelli à Catherine Meurisse en passant par Ernie Bushmiller, il y a du beau monde exposé au Musée Tomi Ungerer, y compris l’artiste qui donne son nom au bâtiment, étant lui aussi une grande source d’inspiration pour Blutch.

L’illustrateur strasbourgeois, qui s’est éteint le 9 février dernier à l’âge de 87 ans, a de toute évidence inspiré un nombre incalculable de dessinateurs et d’illustrateurs. Qui n’a jamais lu Les Trois Brigands ou Le Nuage Bleu étant enfant ? Mais la carrière de l’auteur ne se résume pas qu’à cela et nous lui devons aussi des œuvres satiriques et érotiques.

Blutch, planche n°7 « Cyclone à la Jamaïque », extraite de l’album Pour en finir avec le cinéma, Dargaud 2011.
Encre et correcteur sur papier Collection particulière Stéphane Beaujean © Blutch/ Dargaud 2011. Photo : Dargaud

« Le regard acéré, lucide, sans concession de Tomi Ungerer, » écrivions à la suite de sa disparition, « lui a permis de dessiner des satires féroces de ses contemporains. La société nord-américaine était l’une de ses cibles privilégiées. Il a su pointer les absurdités de la comédie humaine et mettre en lumière les petits travers et gros défauts des gens de pouvoir comme des sans-grades. » Comme Blutch. Et nous ajoutions : « Si nous pouvons qualifier Tomi Ungerer d’artiste « engagé », ce n’est pas pour quelques broutilles. Très tôt, il prend clairement position dans ses dessins. Il se fait remarquer aux États-Unis pour sa participation à des campagnes d’affichage percutantes. Qu’il s’agisse de la Guerre du Vietnam, de l’armement atomique, de l’environnement, des relations franco-allemandes ou de la Révolution française et de la République, ses œuvres traduisent une pensée profondément humaniste et libertaire. »

Le laps de temps étant bien trop court pour réaliser une exposition hommage à l’auteur, c’est l’UGC Cinécité qui diffusera du 27 au 31 mars une programmation spéciale Tomi Ungerer. Les adaptations animées de Jean de la Lune et des Trois Brigands ainsi que le documentaire Tomi Ungerer – l’esprit frappeur seront ainsi diffusés.

Les Rencontres de l’Illustration de Strasbourg ont lieu jusqu’au 31 mars 2019, mais la plupart des expositions restent ouvertes jusqu’au mois d’avril ou de juin. Difficile d’ailleurs d’être exhaustif tant le nombre de manifestations est conséquent. Nous vous invitons à jeter un œil à la programmation complète pour tout savoir de ces événements (lien ci-dessous). Rendez-vous donc à Strasbourg !

Blutch, planche n°6 « Femme au cinéma », extraite de l’album Pour en finir avec le cinéma, Dargaud 2011.
Encre, collage et correcteur sur papier, 21 × 29,7 cm Collection de l’artiste © Blutch/ Dargaud 2011. Photo : Dargaud

(par Vincent SAVI)

(par Frédéric HOJLO)

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