BD d’Asie 2020 : les tops de la rédaction d’ActuaBD

13 décembre 2020 0 BD d’Asie par Aurélien Pigeat
  • L'année 2020 touche à son terme (enfin !) et les préparatifs de Noël vont battre leur plein. Le moment pour nous de revenir sur les publications asiatiques - plus communément appelées "manga" - des douze derniers mois et pour chacun de nos chroniqueurs de proposer un top 10 des publications qui l'ont le plus séduit.

Voici les donc les tops "BD d’Asie" des différents chroniqueurs de la rédaction d’ActuaBD. L’occasion de démontrer le caractère éclectique des goûts de chacun et, ainsi, de rendre compte d’une partie - la meilleure, on l’espère, dans des genres et registres divers - de la production Asie publiée en France en 2020, aussi bien du côté des nouveautés que des suites de séries.


Le Top 10 d’Aurélien Pigeat

1. L’Enfant ébranlé (Kana)
2. La Vis (Cornélius)
3. Intraitable (Rue de l’Échiquier)
4. Mauvaise Herbe (Le Lézard Noir)
5. Sengo (Casterman)
6. Ma vie en prison (Kana)
7. Bathtub Brothers (Akata)
8. Jujutsu Kaisen (Ki-oon)
9. Mao (Glénat)
10. Chainsaw Man (Kazé)

De nombreux titres se sont imposés, cette année, à mes yeux dans des genres très divers. Du côté des one shot, deux volumes de Kana tout d’abord : d’une part le récit familial chinois de L’Enfant ébranlé, sommet d’émotion, et d’autre part la peinture coréenne de l’univers carcéral de Ma vie en prison. Deux BD d’Asie, mais pas du Japon donc. Et puis, côté patrimoine, La Vis, de Tsuge, comme un impératif.

Mais les séries aussi ont offert en 2020 des débuts accrocheurs. Que ce soit chez les éditeurs alternatifs, avec le social Intraitable et le poignant Mauvaise Herbe, ou que ce soit dans les univers mainstream, avec les franches réussites aussi bien du très "jumpesque" Jujustsu Kaisen, du plus improbable Chainsaw Man ou encore du nouveau titre de Rumiko Takahashi : Mao. Sans oublier l’OVNI dégoté par Akata avec Bathtub Brothers.

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Le Top 10 (sans ordre) de Guillaume Boutet

- Aria The Masterpiece (Ki-oon)
- Au Grand Air (nobi nobi)
- Girls’ Last Tour (Omaké Manga)
- Kase-san (Taifu Comics)
- Made in Abyss (Ototo)
- Mushoku Tensei (Doki Doki)
- Seven Deadly Sins (Pika Édition)
- Shine (nobi nobi)
- Tanya The Evil (Delcourt/Tonkam)
- The Quintessential Quintuplets (Pika Édition)

Parmi les très nombreux titres de qualité publiés cette année, et au sein d’une sélection forcément subjective, impossible néanmoins de ne pas citer la nouvelle édition du chef d’œuvre du genre « Tranches de Vie », l’un de ses maîtres-étalons : Aria The Masterpiece, qui nous invite à découvrir une Venise d’un autre monde.

Dans la même lignée, et sur une idée a priori aussi étrange, Au Grand Air continue de nous enchanter par sa bonne humeur et son esprit farfelu "juste ce qu’il faut" avec ses héroïnes fans de camping. Et concluons ce trio de "jeunes filles mignonnes qui font des choses mignonnes" avec l’excellente nouveauté Girls’ Last Tour, qui joue de ce cliché avec grand talent en le transposant dans un roadtrip post-apocalypse extrêmement touchant et délicat.

Dans un tout autre style, la très jolie romance homosexuelle Kase-san a achevé cette année le temps du lycée pour entamer celui de l’université, dans une atmosphère toujours aussi adorable. De son côté, Made In Abyss, petite merveille d’aventure, joue une nouvelle fois parfaitement bien de son image faussement mignonne, et nous aura proposé cette année un flashback d’une expédition, qui s’est bien évidemment effroyablement terminée, où l’horreur et les désirs humains se sont mêlés de façon terrifiante.

L’Heroïc Fantasy japonaise, et deux de ses beaux enfants, Mushoku Tensei et Seven Deadly Sins, ont continué de nous surprendre et de nous faire vivre des émotions rares, prenant comme souvent le lecteur à contrepied, jouant habilement de leur forme classique et de personnages aussi attachants qu’étranges.

La série de mode de Kotoba Inoya, Shine, nous aura proposé de son côté un défilé éblouissant et fort émouvant, confirmant son statut de référence du genre actuel. Tanya The Evil, pour sa part, demeure cette œuvre rare et à part dans l’univers de l’Isekai, tant le traitement de son sujet, stratégie militaire et géopolitique, se révèle pointu, malicieux et cruel.

Enfin, la comédie romantique qui a fait sensation ces deux dernières années au Japon nous est arrivée : The Quintessential Quintuplets. Qui, en dépit d’un postulat douteux, des quintuplées et un garçon, déploie un récit attachant et subtil, sur l’apprentissage de la confiance dans les autres et en soi.

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Le Top 5 de Marc Vandermeer

1. Jujutsu Kaisen (Ki-oon)
2. Gigant T5 (Ki-oon)
3. Beastar T10 (Ki-oon)
4. The Killer inside (Ki-oon)
5. My Home Hero T7 (Kurokawa)

Parmi les séries qui poursuivent leur bonhomme de chemin voici celle qui continuent, pour nous, à pleinement captiver leur lectorat : My Home Hero, Beastars ou encore Gigant, Mais une nouvelle série s’impose également : Jujutsu Kaisen, la surprise de l’année. Une incursion dans le monde de l’exorcisme aux personnages attachants.

Du côté des polars modernes, The Killer Inside rafle la mise et cela en deux tomes seulement. Un voyage dans les méandres de l’esprit torturé d’un jeune lycéen qui accomplit d’atroces crimes à chaque fois qu’il perd le contrôle de lui-même lors d’un dédoublement d’identité. Une œuvre qui plaira immanquablement aux amateurs de sensations fortes, dans la veine de Route End ou de Museum.

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Le Top 5 de Jaime Bonkowski de Passos :

1. Un Monde formidable (Kana)
2. Shadows House (Glénat)
3. Parasite édition originale (Glénat)
4. Death Note One Shot Special
5. Jizo (Glénat)

L’année 2020 aura été une année riche en découvertes manga, n’en déplaise au Covid qui a malgré tout bien chamboulé les plannings éditoriaux des uns et des autres. Chez Kana, on retient surtout le phénoménal Un Monde Formidable d’Inio Asano, recueil poignant et génial sur la beauté de l’ordinaire.

Du côté de chez Glénat, c’est Shadows House qui s’impose comme le meilleur titre de l’année. La nouvelle série signée So-Ma-To explore avec talent un univers gothico-fantastique, faisant la part belle à l’émotion et à la réflexion. Il nous tarde de découvrir la suite. Parasite, la célèbre série d’horreur des années 90 a également fait son retour dans une superbe réédition toujours en cours : un must. Enfin, le conte Jizo qui s’empare de la mythologie japonaise pour nous tirer quelques larmes n’est pas à oublier.

Et si ce titre n’est pas parvenu à nos librairies mais est resté cantonné à la lecture en ligne, comment ignorer Death Note One Shot Special, la bombe larguée par le duo derrière Death Note ?

Bref, une belle année que 2020, qui compense l’horreur des confinements successifs.

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Le Top 5 de Florian Rubis

1. Ma vie en prison (Kana)
2. Sengo (Casterman)
3. Bathtub Brothers (Akata)
4. Mao (Glénat)
5. Elle qui se laissait dévorer (Éditions H)

Avec Ma vie en prison, ce n’est certes pas la première fois que la dictature politique et ses soubresauts qui affectent la Corée du Sud jusqu’en 1997 sont dépeints avec acuité. Ce fut notamment le cas au cinéma. Mais l’auteur les retrace ici à travers le prisme de son expérience vécue et d’un graphisme personnel qui s’accorde particulièrement à sa retranscription. Le tout en résonance avec l’actualité de 2020...

Sengo éveille notamment l’intérêt par son évocation des contextes de la Guerre du Pacifique, du reflux difficile des Japonais des territoires brièvement occupés en Extrême-Orient et, surtout, de celui de l’« année zéro » 1945 sur l’archipel, quand la société nipponne tente de se reconstruire après les bombardements massifs américains et les lâchers de deux bombes atomiques.

Attirante pour le passionné d’Histoire du Japon, la série fera mieux comprendre à ceux peu familiers de cette époque, en montrant certains aspects sans fard, pourquoi et combien elle a tant marqué ses enfants. Aux premiers rangs desquels on compte de grands maîtres du manga tels Gô Nagai ou Tetsuya Chiba (voir à ce sujet sa série testamentaire Journal d’une vie tranquille chez Vega).

Bathtub Brothers s’inscrit de prime abord dans la lignée de La Submersion du Japon (1973) de Sakyô Komatsu. Adapté en anime récemment (sur Netflix), ce roman, dystopie à succès très prisée notamment par Osamu Tezuka et les membres de son club d’amateurs de science-fiction, a durablement marqué les esprits depuis dans un archipel nippon toujours très exposé aux catastrophes naturelles. Parti de là, comme la baignoire qui sert d’esquif salvateur aux deux frères ennemis protagonistes, le récit emprunte des méandres jubilatoires. Ils sont démonstratifs de la singularité de son créateur. Avec ce nouveau titre, Yoshifumi Sakurai est en train de devenir le pilier de l’iconoclaste collection What the Fuck ! chez Akata.

Difficile de passer à côté de la publication en français d’un nouveau titre de Rumiko Takahashi, en l’occurrence ici Mao. Mais, plus que le Grand Prix d’Angoulême 2019 ou l’autrice culte de Ranma ½, s’adressant à un public plus large, je souhaite à travers elle cultiver ici le souvenir de son professeur et maître Kazuo Koike. De cet incontournable grand nom du gekiga récemment disparu, beaucoup de sa production reste à traduire.

D’autre part, encourageons la démarche de 61Chi (Yi-chi Liu). Elle contribue avec une poignée de ses compatriotes à tenter de trouver une voie originale pour la bande dessinée de Taïwan. Dans cette autre Chine, insulaire, au large du continent, mais ex-colonie japonaise (l’ex-Formose), pas facile de se départir de l’influence massive du manga. Pour y parvenir, l’occasion d’un séjour à l’étranger (République tchèque) l’a ouverte à de nouvelles influences graphiques et picturales. Tandis que le recours à un format moins courant sous ses latitudes, l’adaptation d’une nouvelle courte au détriment de l’habituel récit feuilletonesque long, indique son désir de se distinguer.

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Le Top 5 de Thomas Figuières :

1. Sengo (Casterman)
2. Tokyo Tarareba Girls (Le Lézard Noir )
3. Asadora ! (Kana)
4. Parasite édition originale (Glénat)
5) Violence & Peace (Le Lézard Noir)

L’année 2020 a débuté très (très) fort côté manga. En effet, dès janvier, les deux premiers tomes de Sengo paraissaient aux éditions Casterman dans la collection Sakka. Et quelle claque ! Série finie en sept tomes, Sengo a conquis le public nippon (prix du jeune talent Osamu Tezuka 2019) et s’apprête à faire de même en France après avoir obtenu le prix Asie de la critique ACBD 2020, puisque le troisième volet de la série est en sélection officielle du FIBD 2021.

Janvier c’était aussi le GRAND retour de Naoki Urasawa sur une série au long cours avec Asadora ! Plusieurs timeline, un mystérieux kaijū, les Jeux olympiques de Tokyo ou encore le développement de la jeune Asa – qui passe d’enfant désœuvrée à étoile montante de l’aviation japonaise en seulement trois tomes. Tous les ingrédients nécessaires au lancement d’une intrigue fantastique sont présents.

En rééditant Parasite, le célèbre manga de Hitoshi Iwaaki, initialement publié entre 1988 et 1994 au Japon, les éditions Glénat et nous proposent depuis février dernier de (re-) découvrir les aventures du jeune lycéen Shinichi et son parasite Migy.

La rentrée littéraire de septembre 2020 a quant à elle vu débarquer en librairie trois véritables furies : les inséparables, drôles, et absolument imparfaites Tokyo Tarareba girls ! Composé de Rinko, Koyuki et Kaori, le trio infernal imaginé par Akiko Higashimura (Le Tigre des neiges, Trait pour trait), nous transporte dans l’univers de jeunes femmes tokyoïtes aisées. Dans ce josei empruntant aux codes de la sitcom américaine, l’humour désopilant de l’autrice met en évidence le décalage modernité-tradition tiraillant la jeune garde japonaise.

Enfin, anthologie de près de 400 pages parue en mai dernier, Violence & Peace est le premier manga de Shinobu Kaze à être publié en France. Après avoir conquis les fans de science-fiction japonais et américains, publiant notamment dans le célèbre magazine Heavy Metal, les éditions du Lézard noir nous proposent de partir à la découverte d’un univers violent, sanglant et spectaculaire. Un condensé de 15 récits de genre publiés entre 1977 et 1997 qui nous permettent de découvrir le travail d’un auteur génialissime qui n’a pas volé sa place en sélection patrimoine du FIBD 2021.

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Le Top 3 Jérôme Blachon :
1. Peleliu (Vega)
2. Félin pour l’autre (Doki-Doki)
3. Birdmen (Vega)

Peleliu : Un dessin presqu’enfantin pour un thème grave : l’histoire de la prise de l’île de Peleliu par l’armée américaine en 1944 et la résistance acharnée, désespérée, des soldats japonais, au-delà même de la capitulation du Japon en mai 1945. Takeda Kazuyoshi raconte et montre, sans concessions, la peur, la soif, la violence et le désespoir. Mais aussi les petites lumières qui permettent à chacun de survivre, d’attendre, de tenir. Une série prenante qu’il est difficile de lâcher et un dessin finalement parfaitement adapté à son propos.

Birdmen : Quatre adolescents manquent de mourir dans un grave accident de bus. Ils ne doivent la vie que grâce à un pacte qu’ils passent avec « l’homme-oiseau » et qui les transforme, eux aussi en « birdmen » (et birdwomen). L’attrait de cette série vient de l’apprentissage de ces jeunes héros, anarchique, et en particulier d’Eishi, véritable anti-héros qui ne rêve que de retrouver sa vie d’avant. C’est un pied de nez au « grand pouvoir qui implique une grande responsabilité », dont on retrouve de nombreuses références dans cette série.

Félin pour l’autre : Une série courte (6 tomes) terminée cette année. Dans la masse des « BD de chats », Félin pour l’autre se différencie par son humour très décalé et ses situations cocasses. Entre deux scènes, souvent drôles, sans doute dessinées par l’artiste Wataru Nadatani sous l’emprise d’herbe à chat frelatée, cette série donne une foule d’informations sérieuses sur nos compagnons poilus. Un album à recommander aux lecteurs qui aiment se laisser surprendre par une série au premier abord peu remarquable. À noter un dessin très expressif, tant dans les scènes d’actions que dans celes plus contemplatives.

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(par Aurélien Pigeat)

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