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Prix Asie de la Critique ACBD 2021 : la BD asiatique et sa dimension auctoriale

  • Pandémie Covid oblige, pour la deuxième année consécutive le Prix Asie de la Critique ACBD devra se passer de la tribune offerte par Japan Expo pour révéler son lauréat. Mais le Prix sera lui bien décerné, récompensant un titre issu de la production asiatique paru en France entre juillet 2020 et juin 2021. Voici les cinq finalistes 2021 choisis par le comité Asie et soumis au vote de la centaine de membres de l’ACBD.

Habituellement, quand il s’agit de manga, il est davantage question de série que d’auteurs, les titres prenant l’avantage sur les noms. Les raisons en sont multiples et nous ne nous étendrons pas dessus. Mais à regarder la sélection des finalistes du Prix Asie de l’ACBD 2021, complétée par la listes de titres hors compétition recommandés par le Comité de sélection [1], s’impose une perspective auctoriale manifeste, sans doute un des marqueurs de la production asiatique parue en France durant l’année écoulée.

TitreAuteur Éditeur
L’Attente Keum Suk Gendry-Kim Futuropolis
L’Enfant ébranlé Tang Xiao Kana
Olympia Kyklos Mari Yamazaki Casterman
Pour le pire Taro Nogizaka Glénat
Tomino la maudite Suehiro Maruo Casterman

Casterman, après le sacre de Sengo l’an dernier, tire donc une nouvelle fois son épingle du jeu, avec deux titres sélectionnés. La sélection est complétée des titres de deux éditeurs régulièrement nominés (Kana et Glénat) et par Futuropolis pour qui c’est une première, mais avec une autrice, Keum Suk Gendry-Kim, nominée il y a deux ans avec Les Mauvaises herbes, mais chez un autre éditeur, Delcourt. On notera aussi que c’est la première fois depuis dix ans qu’une sélection du Prix Asie ne comprend ni un titre de Ki-oon ni un titre du Lézard Noir !

Corée, Chine et bien sûr Japon. Deux autrices et trois auteurs. Et, pour quatre d’entre eux, des noms déjà connus, aux styles graphiques et narratifs identifiables, et aux récits marqués par des motifs qui forgent déjà une œuvre.

Prix Asie de la Critique ACBD 2021 : la BD asiatique et sa dimension auctoriale

L’Attente - Par Keum Suk Gendry-Kim - Futuropolis
Nous annoncions L’Attente dans cet article de Laurent Melikian célébrant, à la fin 2020, l’avènement de Keum Suk Gendry-Kim. Dans ce nouvel album, l’autrice évoque à nouveau l’histoire déchirée de son pays. Elle revient sur le destin des familles séparées par la partition du pays au moment de la guerre qui débute en 1950. La subtile construction narrative autour d’un jeu de témoignages et certaines scènes dotées d’une force évocatoire impressionnante - on pense notamment aux passages sur l’exode des personnages - en font indéniablement l’un des ouvrages de l’année.

L’Enfant ébranlé - Par Tang Xiao - Kana
Un fils attend, en Chine, le retour de son père, parti depuis de longs mois pour son travail. Mais le retour ne se passe pas comme espéré. Éclos sur ce terreau une chronique originale et sensible. Voici ce que nous en disions lors de la sortie de l’ouvrage il y a quelques mois : "Le récit oscille entre le portrait psychologique, le drame familial, la chronique d’enfance et la peinture sociale. Tout y est, à la fois précis et subtil, dans un équilibre qui témoigne de la sensibilité et de la maîtrise du manhuajia. (...) l’on sort de cette lecture bouleversé. Et avec la conviction d’avoir lu un récit d’importance pour la bande dessinée.

Olympia Kyklos - Par Mari Yamazaki - Casterman
Depuis Thermae Romae, Mari Yamazaki s’est inscrite comme une mangaka réputée et populaire. Son idée d’associer le gout des bains des romains et celui des Japonais, à travers d’improbables voyages dans le temps a, il y 10 ans maintenant, fait mouche et séduit critiques et lecteurs.

Avec Olympia Kyklos, on peut a priori avoir la bizarre impression que l’autrice se plagie elle-même. En effet, l’intrigue nous fait suivre les tribulations de Démétrios, un jeune potier de l’antiquité grecque, au goût artistique jugé douteux par ses contemporains et aux capacités athlétiques exceptionnelles. Et qui par un deus ex machina, littéralement, se retrouve projeté dans le Japon des jeux olympiques de 1964.

Mais ce parfum de déjà vu se trouve rapidement balayé, dès le prologue passé, et le tome 2 vient confirmer que l’on a là une oeuvre majeure dans laquelle le procédé comique du voyage dans le temps trouve enfin une véritable signification, apportant une dimension réflexive sur l’histoire et la pratique du manga, tout en maintenant une trame de comédie jubilatoire.

Pour le pire - Par Taro Nogizaka - Glénat
Avec Taro Nogizaka, on retrouve encore un nom connu, pour des œuvres de genre assez décalées mais de grande qualité. On pense notamment à La Tour fantôme, thriller très réussi inspiré par le giallo italien. Renouant avec le thriller, le mangaka nous propose la confrontation entre un enquêteur spécialiste des serial killer, à la Mindhunter, et une tueuse particulièrement inquiétante. Mais une confrontation partie sur un postulat improbable : un mariage entre les deux ! Voici ce qu’en disait dans nos colonnes Jaime Bonkowski de Passos : "La mise en bouche que constitue ce premier tome est alléchante et donne furieusement envie de connaître la suite. On découvre sous l’intrigue de base une série d’étrangetés et de mystères à dévoiler, de quoi occasionner de multiples rebondissements dans les prochains tomes. En un mot comme en mille : vivement la suite."

Tomino la maudite - Par Suehiro Maruo - Casterman
Enfin, cette sélection s’achève avec la présence d’un grand nom du manga : Suehiro Maruo. Tomino la maudite, histoire complète en deux volumes, fait vivre de nombreux motifs du maître de l’ero-guro (érotico-grotesque) : cirque, monstre ou perversion. On y suit l’itinéraire de deux jumeaux abandonnés et recueillis dans cet univers en marge de la société, dans le Japon des années 1930. Voici ce qu’en disait Guillaume Boutet sur notre site : "Sur le fond, l’histoire n’est sans doute pas si extrême et dérangeante que d’autres travaux du mangaka, faisant de Tomino la maudite un accès idéal à son univers étrange. Le côté sexuel ne s’avère pas non plus trop prononcé dans ce récit, l’auteur maniant ici surtout l’horreur et le grotesque. Bref, un premier tome, sur deux, réussi, où l’étrange côtoie le terrible, et dont les pages nous subjuguent et nous poussent à vouloir savoir à tout prix ce qui va arriver à ces pauvres diables, jouets d’un destin cruel et sans issue apparente."

Cinq titres forts, aux qualités indéniables, au sein d’une production 2020-2021 extrêmement riche et diverse. Car si ces auteurs, connus et reconnus, occupent une part importante de cette liste, on en retrouve d’autres dans les coups de cœur du Comité quand d’autres, importants (Junji Ito, Astushi Kaneko, Naoki Urasawa...) ont été éclipsés. Le signe que le manga se porte bien, aussi bien du côté des ventes que de l’offre éditoriale, toujours plus soignée, avertie et qualitative.

La sélection des finalistes est donc complétée par une liste de coups de cœurs choisis par les différents membres du Comité Asie de l’ACBD :

TitreAuteur Éditeur
17 ans Yoji Kamata et Seiji Fujii naBan
Les Carnets de l’apothicaire Natsu Hyuuga, Nekokurage et Itsuki Nanao, Ki-oon
Chainsaw Man Tatsuki Fujimoto Kazé
L’Envol Kuniko Tsurita Atrabile
Escale à Yokohama Hitoshi Ashinano Meian
Gannibal Masaaki Ninomiya Meian
La Grande Invasion mongole Shintaro Kago IMHO
My Broken Mariko Waka Hirako Ki-oon
Tokyo Blues Tokushige Kawakatsu Le Lézard Noir
Wombs Yumiko Shirai Akata

Voir en ligne : La liste des finalistes sur le site de l’ACBD

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Ce comité, piloté par Aurélien Pigeat, se compose cette année des personnes suivantes : Frederico Anzalone (ATOM, Bodoi.info), Hélène Beney (Canal BD Magazine, Zoo), Jérôme Briot (Zoo), Yaneck Chareyre (Zoo, Les Chroniques de l’invisible, Bayday tube) Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD [Larousse]), Laurent Gianati (bdgest.com), Bernard Launois (auracan.com), Thierry Lemaire (Zoo, actuabd.com, casesdhistoire.com), Aurélien PIGEAT (actuabd.com) et Florian Rubis (actuabd.com)

 
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10 Messages :
  • Grâce au passe culture du gouvernement, 71% des livres réservés par les jeunes, sont des mangas. Des jeunes lecteurs qui plus tard, seront des lecteurs perdus pour d’autres genres de BD.

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    • Répondu le 17 juin à  05:47 :

      N’importe quoi. Quand j’étais jeune, j’étais un fan absolu de western spaghetti. Mon cinéma local avait organisé une grande rétrospective, les Sergio Leone, les Sergio Corbucci, et les autres, je les ai tous vus. Ça ne m’a pas empêché d’aimer et d’aller voir tous les autres genres de cinéma depuis.

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      • Répondu par Milles Sabords le 18 juin à  04:44 :

        La lecture et surtout la BD, ne sont pas le cinéma et ne se consomme pas de la même manière. Je connais de jeunes adultes qui étaient fans de mangas étant ados et qui ne lisent rien d’autre maintenant. Par-contre, ils pratiquent à fond les jeux en réseau.

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        • Répondu le 18 juin à  12:34 :

          Pas une raison pour faire des généralités à partir de cas particuliers. Et quand bien même des jeunes ne liraient que des mangas, en quoi est-ce plus embêtant que s’ils ne lisaient que des comics, ou de la bd franco-belge ?

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          • Répondu par Milles Sabords le 18 juin à  14:25 :

            71% ça n’est plus un cas particulier et comme la bd manque de plus en plus d’un lectorat pour assurer la relève dans les décennies qui viennent...

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            • Répondu le 18 juin à  16:19 :

              Les bd les plus vendues au monde de tous les temps sont des mangas. C’est ainsi.

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              • Répondu par Milles Sabords le 19 juin à  06:56 :

                De tous les temps pas vraiment : pas dans les années 50, 60, 70, ni sans l’avènement de l’Anim dans le Club Dorothée, de la déferlante des jeux vidéo début milieu 80 dans des salles dédiées à un public jeune, l’arrivée d’Akira par Glénat, ni sans une farouche volonté des éditeurs dans les années 90 pour inonder le marché de licences. Seulement voilà, depuis, comme dans Frankeinstein, la créature commerciale a échappée à son maître.

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                • Répondu le 19 juin à  07:58 :

                  N’empêche qu’en exemplaires vendus, de tous les temps et de tous les pays, la Bd asiatique est numéro un. On peut y voir un complot ourdi par le Club Dorothée dans les années 80, mais peu importe, la créature se porte très bien, avec de grandes disparités économiques chez les auteur, mais ça c’est vrai aussi en Occident.

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                  • Répondu le 19 juin à  09:45 :

                    Qui vous parle de complot ? Le manga a explosé dans les années 90, pas avant !

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                    • Répondu le 19 juin à  21:45 :

                      L’importation en France des animés japonais a débuté dans les années 80. Les manga ont suivi.

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