Comics 2020 : les tops de la rédaction d’ActuaBD

10 décembre 2020 0
  • L'année 2020 touche à son terme (enfin!) et les préparatifs de Noël vont battre leur plein. Le moment pour nous de revenir sur les publications des douze derniers mois et pour chacun de nos chroniqueurs de proposer un top 5 des publications qui l'ont le plus séduit. Nous commençons par nos chroniqueurs de comics. Ils sont 7 et ont choisi une trentaine de titres de comics dans lesquels vous pouvez piocher les yeux fermés pour écrire votre liste au Père Noël.

Voici les donc les tops "Comics" de différents chroniqueurs de la rédaction d’ActuaBD - pas moins de 7 d’entre eux. L’occasion de démontrer le caractère éclectique des goûts de chacun et, ainsi, de rendre compte d’une partie - la meilleure, on l’espère, dans des genres et registres divers - de la production anglophone publiée en France en 2020, aussi bien du côté des nouveautés - séries ou romans graphiques - que des suites de séries en cours. À chaque fois un lien vous permet de vous rendre sur la chronique de l’album.

Le Top 5 d’Aurélien Pigeat

1. Curse of the White Knight (Urban Comics)
2. Mind MGMT (Monsieur Toussaint Louverture)
3. Sur la route de West (Gallimard)
4. Kent State (Çà et là)
5. Batman Créature de la Nuit (Urban Comics)

Si ce Top comics 2020 d’Aurélien Pigeat concerne uniquement des one shot, pour ne pas dire graphic novel, il ménage cependant de la place à une icône populaire : Batman. Un héros présent deux fois : l’une avec le fantastique récit de Sean Murphy qui explore l’histoire des Wayne et de Gotham City, Curse of the White Knight, l’autre avec l’opus de Kurt Busiek questionnant la figure même du super-héros, Batman Créature de la Nuit.

Face au Chevalier Noir, trois récits classés plutôt comme "indépendants", abordant le medium et ses possibilités de manières diverses. Sur la route de West ou la quête existentielle et onirique de la prodige Tillie Walden tout d’abord. L’enquête historique en guise de coup de poing de Derf Backderf avec Kent State ensuite. Et l’expérimentation sur fond science-fiction paranoïaque dans le Mind MGMT de Matt Kindt enfin.

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Le Top 5 (sans ordre) de Guillaume Boutet

- Leviathan T. 1 & T. 2 (Urban Comics)
- Justice League Doom War (Urban Comics)
- Multiversity présente Terre-X (Urban Comics)
- Deathstroke Rebirth T. 7 (Urban Comics)
- Doomsday Clock (Urban Comics)

Avec Leviathan, Brian Michael Bendis et Greg Rucka retrouvent le récit d’espionnage et de conspirationqui a fait la réputation de DC Comics, et signent une excellente surprise : pas parfaite mais indéniablement passionnante à suivre. Scott Snyder quant à lui, nous a proposé avec Justice League Doom War, l’apothéose, mais pas la fin, de son immense épopée cosmique et mythologique, et comme nous l’avions indiqué : le résultat s’avère absolument jubilatoire.

Mini-série consacrée aux Combattants de la Liberté, Multiversity présente Terre-X de Robert Venditti est un projet simple et beau qui renoue avec un certain premier degré et un esprit Old School qui nous a enchantés. Parmi les nombreuses séries régulières DC, s’est achevée cette année celle de Deathstroke Rebirth de Christopher Priest, qui fut une belle surprise : une chronique familiale et une rédemption impossible écrites avec malice et tendresse, qui a rendu un bel hommage au fameux mercenaire.

Enfin, Geoff Johns nous est revenu en très grand forme, avec un pari qui semblait impossible à relever : une suite à Watchmen. Mais force est de constater qu’il a su trouver le bon angle tout en restant fidèle à lui-même et à ses thèmes de prédilection, offrant ainsi une réponse intéressante à Alan Moore.

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Le Top 5 de Frédéric Hojlo

1. Le Bord du gouffre (L’employé du Moi)
2. Billy Noisettes (Huber Editions)
3. Zap Comix, intégrale volume 1 (Editions Stara)
4. Stickboy (Arbitraire)
5. Poochytown (L’Association)

Relativement peu de parutions venues des États-Unis chez les éditeurs alternatifs francophones cette année : c’est une conséquence mécanique de la baisse de production due à la crise sanitaire. Et assez peu de découvertes finalement : les éditeurs ont valorisé le patrimoine, avec par exemple Dennis Worden chez Arbitraire et George Herriman chez Les Rêveurs, ou des auteurs déjà bien connus, tels Noah van Sciver chez L’employé du Moi et Jim Woodring chez L’Association. En plus des Éditions çà et là, avec Derf Backderf, et Monsieur Toussaint Louverture, avec Matt Kindt, le catalogue des Éditions Huber est à surveiller de près : après plusieurs titres américains cette année, il va continuer à se développer dans cette direction. Le voyage transatlantique se traduit aussi par un voyage dans le temps !

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Le Top 5 de Romuald Lefebvre

1. X-Men : House of X/Power of X (Panini)
2. X-Men : Dawn of X (Panini)
3. Spider-Man : L’Histoire d’une vie (Panini)
4. Punisher : Soviet (Panini)
5. X-Men : Dieu crée, l’Homme détruit (Panini)

Si l’on devait synthétiser l’intérêt de l’année 2020 du côté de l’éditeur Marvel, cela graviterait très vite autour d’une équipe, les X-Men, et d’un scénariste, Jonathan Hickman. Cette année 2020 marque en effet la traduction en langue française de la relance de l’univers mutant par le talentueux scénariste : écrire que leur retour respectif sur le devant de la scène était attendu ces dernières années est un véritable euphémisme ! À l’image de Grant Morrison et de ses New X-Men au début des années 2000, ou de ses propres Avengers dans les années 2010, Jonathan Hickman a très vite transformé le status-quo peu enthousiasmant entourant les mutants cette dernière décennie pour les rendre à nouveau très attractif. Pourquoi House of X/Power of X devant Dawn of X dans le classement ? Peut-être pour avoir eu le bon goût d’avoir relancé la machine pour les mutants. Cependant, les deux séries de titres sont du même bois d’un point de vue qualitatif grâce à la supervision de Jonathan Hickman himself.

Ce Top-5 est complété par un autre auteur qui monte chez Marvel ces dernières années : Chip Zdarksy. Que ce soit avec Les Quatre Fantastiques ou ici avec l’histoire réorganisée d’une vie pour Spider-Man, l’auteur montre bien souvent son talent d’écriture des personnages et sa maîtrise de l’univers Marvel. Nous retrouvons pour refermer ce classement un nouvel album du talentueux Garth Ennis centré sur le Punisher (où le scénariste continue de raconter sa légende de l’anti-héros, tout en proposant un récit inattendu sur les horreurs de la guerre), et enfin une réédition d’un classique mutant du début des années 1980 signé Chris Claremont qui continue de prouver que le temps n’a pas de prise sur son œuvre (les élections présidentielles américaines de 2016 et 2020 ne lui donnent peut-être pas tort...). Vous l’aurez compris, cette année 2020 a remis les X-Men au centre du débat du côté de la Maison des Idées !

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Le Top 5 de Marc Vandermeer

1. Die ! Die ! Die ! T1 (Delcourt Comics)
2. Vie et Mort de Toyo Harada (Bliss Comics)
3. Batman Detective T3 (Urban Comics)
4. Jamie Delano présente Hellblazer T1 (Urban Comics
5. James Bond : Casino Royale (Delcourt comics)

Au rayon des super-héros, deux titres se démarquent nettement : d’une part l’excellent Vie et Mort de Toyo Harada qui reprend tous les ingrédients de l’univers Valiant, et d’autre part, ce tome 3 de Batman Detective marqué par le grand retour de Mister Freeze.

Chez Delcourt, le nom de Robert Kirkman s’impose une fois encore avec Die ! Die ! Die !. Un polar ultra-violent dans la gamme hard boiled où testostérone et guns de gros calibres sont au rendez-vous ! Autre titre également paru chez Delcourt Comics et non des moindres : Casino Royal de Van Jensen et Dennis Calero. L’une des meilleures adaptations en Comics du plus célèbre agent secret, dans la plus pure tradition d’Ian Flemming.

Enfin, terminons ce classement par une valeur sûre pour tout fan d’ésotérisme : Hellblazer. Œuvre à maintes fois travaillée par de nombreux artistes, c’est Jamie Delano qui reprend ici le flambeau, mettant en scène un John Constantine terrifiant, au charisme à toute épreuve.

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Le Top 5 de Vincent Savi

1. The Dark Knight Returns : The Golden Child (Urban Comics)
2. Prez (Urban Comics)
3. Superman écrase le Klan (Urban Comics)
4. La Vision : Un peu moins qu’un homme (Panini Comics)
5. Aliens : Cendres (Dust to Dust) (Vestron)

Bien qu’une partie du lectorat préfère ignorer cette réalité, les comics sont politiques et l’ont toujours été et cette sélection est là pour le rappeler. L’excellent album Superman écrase le Klan, réadaptation d’un récit de l’émission radiophonique The Adventures of Superman diffusé en 1946, lequel s’attaqua frontalement au tristement célèbre Ku Klux Klan. Il nous rappelle que, depuis leurs débuts, les personnages de comics ont pris des positions fortes. Cet ouvrage jeunesse signé Gene Luen Yang et Gurihiru est un excellent point d’entrée dans le monde des comics pour la jeune génération et un joli rappel historique pour la vieille garde.

Plus actuels, Prez et The Dark Knight Returns : The Golden Child, publiés chez Urban Comics, s’attaquent tous deux à la politique américaine et aux luttes modernes. Le premier album nous présente ainsi l’histoire, dans un futur proche, de la première adolescente élue Présidente des États-Unis par les réseaux sociaux. L’irruption de cette jeune femme au sein des institutions américaines et de ses vieux gardiens du temple va provoquer un séisme au sein de l’échiquier politique. Publiée en 2016 aux États-Unis, cette série écrite par Mark Russel et dessinée par Ben Caldwell trouve enfin se place vers l’hexagone et, quelques années après sa publication, force est de constater à quel point l’auteur a visé juste tant certaines de ses prédictions ont fini par devenir réalité.

Le second album, voit Frank Miller poursuivre l’expansion de son propre Bat-verse en s’intéressant aux héritiers de Batman et Superman qui assistent au déchirement de l’Amérique à l’approche d’une élection à risque. Sans leur mentor, cette jeune génération va devoir prendre position et affronter une menace de grande ampleur. Poursuivant le retour en grâce d’un Frank Miller qui semble avoir dépassé ses vieilles lubies réactionnaires, The Golden Child est une ode à la jeunesse et une violente charge contre l’establishment magnifiée par les planches du talentueux Rafael Grampa.

Plus anecdotique et - presque - loin de toute considération politique, Aliens : Dust to Dust est un petit bijou visuel signé Gabriel Hardman. Un récit sombre, haletant et effrayant qui ravira les fans de xénomorphes et permet de mettre en lumière l’éditeur Vestron qui fait un excellent travail sur un certain nombre de franchises.

Pour conclure, Panini Comics propose enfin en version intégrale la brillante série Vision de Tom King, Gabriel Walta et Michael Walsh. Un chef-d’œuvre du Marvel moderne à ne manquer sous aucun prétexte, surtout à l’approche de la série WandaVision, attendue sur Disney+ le 15 janvier prochain et qui devrait s’en inspirer.

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Le Top 5 de Jaime Bonkowski de Passos

1. Curse of the White Knight
2. I Hate Fairyland intégrale (Urban Comics)
3. Batman Créature de la Nuit (Urban Comics)
4. The Maximortal (Delirium)
5. Tank Girl Action Alley (Ankama)

Les sorties comics de 2020 ont été émaillées d’excellents titres que d’aucuns qualifieraient même de chefs-d’œuvre. Entre Sean Murphy qui s’impose comme un scénariste incontournable du Bat-verse avec son Curse of the White Knight, l’univers aussi coloré que sans pitié de Skottie Young et I Hate Fairyland ou la réflexion méta sur le comics de Batman Créature de la Nuit, Urban Comics nous a régalé cette année.

Mais n’oublions pas l’excellent The Maximortal chez Delirium, du pur Rick Veitch satirique et impertinent à souhait, ni l’excellent Tank Girl Action Alley chez Ankama, très belle réinterprétation du personnage. 2020 restera un sacré millésime pour le comics !

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Le Top 5 de Florian Rubis

1. Histoire de l’univers Marvel (Panini)
2. X-Men : House of X/Power of X (Panini)+ X-Men : Dawn of X (Panini)
3. Curse of the White Knight (Urban Comics) + Batman Créature de la Nuit (Urban Comics)
4. Zap Comix, intégrale volume 1 (Editions Stara) + Wimmen’s Comix (Komics Initiative)
5. Coda (Glénat) ou Invisible Kingdom (HiComics)

Voilà au moins un domaine dans lequel l’année 2020 aura été joyeuse : la belle diversité constatée dans la publication des comics en français ! À tel point que, quelles que soient nos différences d’âge, j’aurai pu reprendre à mon compte beaucoup de titres cités ici par mes collègues, voire pas mal d’autres. Devoir donc se restreindre à cinq titres se révèle trop un crève-cœur, raison pour laquelle je confesse avoir eu recours sans culpabilité aux subterfuges ci-dessus.

Ainsi, ce qui aurait pu n’être qu’une ennuyeuse commande façon marketing célébrant les 80 ans de Marvel est devenu un trépidant sommet narratif et graphique fondé sur la citation référentielle. Le liant tient d’abord au fabuleux talent de raconteur d’histoires de Mark Waid, à ses connaissances encyclopédiques sur les univers de super-héros et au savoir-faire hors du commun de Javier Rodriguez en matière de mise en page. Même le néophyte ne s’y perd pas, grâce aux abondantes postfaces informatives.

Concernant Jonathan Hickman, je rejoins complètement Romuald Lefèbvre dans son analyse, y compris son passage sur Grant Morrison. Si je n’accorde pas la préséance à Jonathan Hickman dans ce classement, c’est juste qu’à leur lecture, ses savantes trames se révèlent quand même d’un abord plus complexe à assimiler que celles tricotées avec fluidité et énormément de métier par Mark Waid.

Reste bien présente aussi la figure en perpétuelle réitération de Batman, qui continue à nous fasciner. Mais pourquoi choisir entre des auteurs que je révère ! Je veux parler de Seán Murphy (impérissable Punk Rock Jesus !) ou Kurt Busiek (Astro City) et John Paul Leon (dessinateur, notamment, de Earth X) ? Vous ne trouverez là que du bon. Comparez et faites-vous votre propre opinion. Mais vous craquerez certainement pour les deux titres.

De plus petits éditeurs, mais pas moins méritants, bien au contraire, ont rendu enfin accessibles aux locuteurs du seul français des « perles » de l’Underground américain. Ainsi en va-t-il de comix de référence liés à Robert Crumb ou à un collectif d’autrices dont son épouse Aline Kominsky-Crumb ou Trina Robbins, également théoricienne de la bande dessinée, préoccupée de rendre aux femmes la place qui leur revient dans le 9e Art.

Et sans transition aucune, parfaite illustration de la diversité dans les publications évoquées au début, finissons par une envolée vers la Fantasy revisitée d’une façon distanciée par un scénariste des British Comics de la mouvance 2000 AD allié à un flamboyant dessinateur uruguayen avec Coda (Glénat), figurant à juste titre dans la sélection du Festival d’Angoulême.

À moins que vous ne vous sentiez de partir explorer dans Invisible Kingdom (HiComics) un mélange de space opera et d’ambiance à la Cantique pour Leibowitz. Quand vous saurez que derrière les manettes (pas du vaisseau spatial, de ce titre) en association avec Dark Horse on trouve Karen Berger, anciennement à la direction éditoriale du très regretté label Vertigo de DC Comics, là encore, vous ne saurez plus à quel saint vous vouer... Heureusement que le Père Noël est là !

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(par Aurélien Pigeat)

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