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Bande dessinée alternative : nos coups de cœur de la rentrée 2022

Par Frédéric HOJLO le 30 septembre 2022                      Lien  
Encore la rentrée ? Mais combien de temps dure-t-elle ? Si l'on estime qu'il est acceptable de présenter ses vœux du 1er au 31 janvier, alors gageons que la rentrée s'étire jusqu'à fin septembre. Le temps, au moins, de voir ce qui se fait de mieux du côté de la bande dessinée indépendante et alternative.

Nicole Claveloux, Les Chemins de l’étrange, Éditions Cornélius

Bande dessinée alternative : nos coups de cœur de la rentrée 2022
Je vous aime © Nicole Claveloux / Cornélius 2022

Nicole Claveloux, Fauve d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Fauve Patrimoine au Festival d’Angoulême 2020, a été « redécouverte » récemment - elle n’avait en réalité pas disparu du tout - grâce à l’excellent travail des Éditions Cornélius, qui ont entamé en 2019 la publication d’une anthologie des œuvres de l’artiste. Et des œuvres, elle en a réalisées beaucoup depuis 1968, toutes plus belles les unes que les autres, originales, bizarres, surréalistes voire dérangeantes, destinées aussi bien à la littérature jeunesse qu’à la bande dessinée.

Les Chemins de l’étrange - « étrange » est probablement le terme qui sied le mieux aux créations de Nicole Claveloux - est conçu comme un petit catalogue renvoyant à l’exposition monographique consacrée à l’autrice à Angoulême en janvier 2020 et dont une nouvelle version a été proposée à Bordeaux cette année. Le format, la pagination et le prix en sont modestes. Les couleurs éclatantes, l’introduction simple et la bibliographie chronologique en font une porte d’entrée idéale dans l’œuvre de l’artiste. Ce livret réalisé à partir des originaux - planches de BD, dessins, peintures - est disponible directement auprès de l’éditeur, mais pas en librairie : tirage limité à mille exemplaires !

Les Chemins de l’étrange © Nicole Claveloux / Cornélius 2022

Tom Gauld, La Revanche des bibliothécaires, Éditions 2024

La Revanche des bibliothécaires © Tom Gauld / Éditions 2024 2022

Dès l’ouverture de son nouveau livre, Tom Gauld prévient : il ne faut pas déconner avec les bibliothécaires. Jusque-là, ils se contentaient d’imposer le silence. Ils pourraient bien, à l’avenir, dominer le monde. Tout est déjà en place : les manies des lecteurs et des auteurs, l’impassibilité de leurs chats, la cruauté des éditeurs... Toutes choses décrites avec humour et finesse par le dessinateur, dont les strips sont devenus la marque de fabrique.

Équivalent littéraire du Département des Théories Fumeuses, paru en 2020 déjà aux Éditions 2024, La Revanche des bibliothécaires est une somme réjouissante de gags dans laquelle piocher ou se plonger. Qui a déjà ouvert un livre au moins une fois dans sa vie s’y retrouvera forcément. Qui en dévore quotidiennement sera ébahi et ravi de s’y rencontrer entièrement. Tom Gauld est au sommet de son art, maîtrisant parfaitement les mécanismes de son humour très ironique - mais jamais cynique - et les spécificités de son dessin, alliant personnages minimalistes et décors densément hachurés. Un futur classique !

La Revanche des bibliothécaires © Tom Gauld / Éditions 2024 2022

Baladi, Saturnine, Éditions Atrabile

Saturnine © Alex Baladi / Atrabile 2022

Baladi, auteur incontournable de la bande dessinée alternative, reste sur son île, celle qu’il décrit dans Robinson suisse, adaptation / continuation très personnelle et politique du récit d’Isabelle de Montolieu, bande dessinée éditée par Atrabile à la rentrée 2019. Mais, s’il s’inspire de nouveau d’un texte du XIXe siècle, il ne tourne pas en rond. Plus sobre et plus percutant que Robinson suisse, Saturnine - du nom de la fille imaginaire du Saturnin Farandoul inventé par Albert Robida en 1879 - s’avale d’une traite.

Retour sur l’île aux singes rouges, délaissée par la famille suisse qui y avait trouvé refuge. Une jeune femme, qui a grandi parmi les primates, est recueillie par un navire français. Toute son éducation est à faire, croit-on à bord. Mais il n’est pas simple d’éduquer une enfant sauvage... Baladi propose une bande dessinée à la force brute, aux couleurs puissantes - lui qui depuis longtemps excelle dans le noir et blanc - et au rythme sans faille, lui permettant d’ouvrir la réflexion sur les rapports entre civilisation et sauvagerie ou humanité et animalité. Le souffle de l’aventure et de l’exotisme est là, mais la politique n’est pas loin derrière.

Saturnine © Alex Baladi / Atrabile 2022

Ype Driessen, Un Petit Doute en septembre, Éditions FLBLB

Un Petit Doute en septembre © Ype Driessen / Éditions FLBLB 2022

Les Éditions FLBLB ont déclaré unilatéralement 2022 « année roman-photo ». L’énoncé s’avère performatif. Rien que grâce à FLBLB, on peut compter plusieurs nouveautés et rééditions, des expositions, des ateliers, des rencontres, des résidences d’artistes et de nouveaux projets pour 2023... On peut y ajouter les publications d’autres maisons d’édition, qu’elles soient petites - Les Machines par exemple - ou grandes - comme Le Seuil. Le roman-photo n’étant pas un genre en soi, mais un mode d’expression artistique, FLBLB poursuit ses expériences.

Après l’humour, le fantastique, l’anticipation, le documentaire, on découvre grâce au Néerlandais Ype Driessen que le roman-photo peut être un très bon support pour l’autofiction. Peu connu en Franco-Belgie mais très actif aux Pays-Bas, Ype Driessen réalise très régulièrement des romans-photos, souvent en strips pour la presse ou pour Internet. Expérimenté, il maîtrise autant la technique photographique que la narration. Résultat : quand il raconte qu’il a Un Petit doute en septembre - dépassera-t-il ses peurs pour voyager aux États-Unis avec son compagnon ? -, c’est à la fois drôle et touchant, réaliste et fluide, naturel et original. Décidément, le roman-photo n’a plus rien de ringard avec FLBLB.

Un Petit Doute en septembre © Ype Driessen / Éditions FLBLB 2022

Jordan Crane, Keeping Two, Éditions çà et là & L’employé du Moi

Keeping Two © Jordan Crane / L’employé du Moi / Éditions çà et là 2022

Si deux maisons d’édition indépendantes, l’une belge (L’employé du Moi), l’autre française (les Éditions çà et là), très attirées par la bande dessinée alternative nord-américaine, s’associent, alors le livre en vaut la peine. La lecture de Keeping Two le confirme. Projet de longue haleine de Jordan Crane, l’un des piliers de la BD indépendante d’outre-Atlantique, son grand œuvre - à ce jour - a d’abord été auto-édité sous forme de comics photocopiés sous couverture sérigraphiée, puis publié par le mythique éditeur Fantagraphics.

Centré sur une soirée de Will et Connie, un couple solide dont l’amour n’est pas sans accrocs, Keeping Two explore autant les sentiments, passionnés et contradictoires, au sein du couple, que les peurs intimes liées à la mort d’un proche. La structure du récit, fondée sur des échos et des enchâssements, peut perturber le lecteur. Le procédé renvoie directement à la « confusion des sentiments » vécue par les personnages, en particulier par Will. Jamais artificielle, cette construction où se mêlent différents niveaux de fiction est digne de la meilleure littérature. Ce n’est pas si fréquent.

Keeping Two © Jordan Crane / L’employé du Moi / Éditions çà et là 2022

Et pour faire bonne mesure...

Les Pigments sauvages © Alex Chauvel / The Hoochie Coochie 2022

On n’oublie pas les recommandations des collègues ! Celle de Thomas Figueres le mérite amplement. Les Pigments sauvages d’Alex Chauvel, édité par The Hoochie Coochie, est un récit épique qui « prouve l’inventivité du co-créateur des Éditions Polystyrène ». Ce dernier a fait de la contrainte un moyen de renouveler la narration et la composition, mais toujours au service d’un récit (voyage, épopée...) et d’une pensée (appuyée par l’histoire, la sociologie, la biologie, l’anthropologie ou la géographie selon les ouvrages).

On ajoute celle de Jorge Sanchez : Roxane vend ses culottes de Maybelline Skvortzoff édité par Tanibis, « un roman graphique piquant par son sujet, tout comme par son humour vif ». Et celle de Louis Groult : La Couleur des choses de Martin Panchaud aux Éditions çà et là, « une bande dessinée intrigante à mi-chemin entre l’expérimentation formelle et le jeu vidéo ».

Retour chez les Éditions 2024 pour signaler Toonzie, récit délirant de la fin de vie d’un gourou du XXIe siècle, habilement brossé par Xavier Bouyssou - qui s’amuse à brouiller les pistes en prêtant ses traits au gourou en question. Et si chacun d’entre nous vivait avec un « toon » invisible suspendu au-dessus de sa tête ? Après tout, ce n’est pas plus absurde que certaines antiques croyances...

Art brut et bande dessinée © Erwin Dejasse / Atrabile 2022

La bande dessinée alternative, ce n’est pas que du « roman graphique ». Erwin Dejasse et Atrabile ouvrent les perspectives avec Art brut et bande dessinée, catalogue publié à l’occasion de l’exposition du même nom à la Collection de l’Art brut, sise à Lausanne. Explorant les liens entre écriture, dessin et art brut, s’appuyant sur cent cinquante œuvres d’une trentaine d’artistes, l’exposition comme son catalogue sont une excellente introduction à un champ artistique de plus en plus visible depuis quelques années - et c’est tant mieux !

Pour finir, comment ne pas dire un mot de Ludovic Debeurme qui, avec La Cendre et l’écume, revient chez Cornélius ? Dans ce récit très personnel, l’un des plus intimes d’un auteur qui pourtant se raconte beaucoup au travers de ses fictions, le dessinateur s’attache à décrypter son histoire familiale et ses préoccupations d’adulte. Son trait, plus fin que jamais et magnifié par des compositions d’une grande légèreté, transmet parfaitement sa pensée et rappelle que sensibilité et intellectualisation ne sont pas incompatibles, bien au contraire.

La Cendre et l’écume © Ludovic Debeurme / Cornélius 2022

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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17 Messages :
  • Depuis quelques années, je n’arrive plus trop à faire la différence entre bande dessinée dite alternative et bande dessinée dite commerciale.

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    • Répondu le 1er octobre à  09:50 :

      C’est parce qu’il existe aussi un star-system dans la BD alternative. Et que les éditeurs alternatifs les plus connus ne s’adressent plus à un public alternatif et populaire, comme peuvent le faire encore les fanzines, mais à un public cultivé et aisé. La cible d’un Cornélius ou de l’Asso quand ils publient un livre est la même que celle de Dargaud ou Le Lombard quand ils publient un roman graphique : les CSS+ cultivés et progressistes. La différence reste les tirages et le fait que les éditeurs alternatifs restent précaires et notamment dépendants du CNL.

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      • Répondu le 1er octobre à  10:37 :

        Alors, il ne faut plus parler de bande dessinée alternative -puisqu’elle est devenue commerciale - mais d’éditeurs alternatifs.

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        • Répondu le 1er octobre à  12:35 :

          Tout est commercial si vous allez par là. Même les fanzines sont fait pour être vendus. Mais je suis d’accord avec vous, le mot alternatif n’a plus vraiment de sens. Mais le mot indépendant non plus, on est toujours dépendant de quelque chose, son banquier, le CNL, le prix du papier, le diffuseur etc. En fait il faudrait seulement parler de petits et de gros éditeurs. Du point de vue des auteurs, chez les gros éditeurs, les avaloirs et les moyens mis en œuvre sont plus gros.

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          • Répondu par Grégoire le 1er octobre à  13:21 :

            Du point de vue des auteurs, chez les gros éditeurs, les avaloirs et les moyens mis en œuvre sont plus gros.

            Pas toujours, et de moins en moins. Les moyens mis en œuvre pour soutenir un livre sont souvent plus importants que chez un gros éditeur, de même que les avaloirs se réduisent comme peau de chagrin chez les gros.

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            • Répondu le 1er octobre à  13:34 :

              C’est pas faux en ce qui concerne les moyens mis en œuvre. Ce n’est pas parce que vous signez chez un gros qu’il va tout mettre en œuvre pour promouvoir votre livre.

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        • Répondu par hugfr le 1er octobre à  14:07 :

          Le débat est intéressant !
          Le travail éditorial est effectivement important et a des conséquences sur les prix, c’est certain. Les éditeurs commerciaux essaient également de surfer sur la vague mais prennent rarement de grands risques. S’ils leur offrent une visibilité à posteriori, ce ne sont pas eux qui ont pris le risque de publier winshluss ou hanselmann ! J’ai plutôt le sentiment que cela s’inscrit plus dans leur stratégie de flood que dans une proposition éditoriale pointue...
          Au contraire, tout en s’étant éloignés de la micro éditions, j’ai le sentiment que les éditeurs indépendants prennent des risques, vont chercher des propositions artistiques différentes, nouvelles en France comme à l’étranger et qu’ils accompagnent ça d’un vrai travail d’édition, à la fois sur le contenu donc, mais aussi dans le choix des papiers, formats etc.. J’apprécie tout particulièrement l’effort dans ce sens de The Hoochie Coochies ou de Misma alors que chez les Requins, l’idée serait plutôt se privilégier la variété des titres et des auteurs quitte à les sortir sur des formats plus cheap, avec couverture souple notamment.

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          • Répondu le 1er octobre à  14:54 :

            Encore une fois, votre commentaire démontre que ce sont les éditeurs qui sont alternatifs, pas les auteurs.
            L’a-valoir est devenu, pour la plupart d’entre-eux ,tellement ridicule, voire indécents ou grotesque, que la marge entre un petit éditeur et un gros est de plus en plus tenue.

            Doit-on considérer qu’un éditeur est indépendant à partir du moment où il est l’unique actionnaire de sa maison ou que des banques ne sont pas entrés dans son capital.
            L’alternative, l’indépendance aujourd’hui est plutôt à regarder du côté de la manière de financer la création. La diffusion-distribution, aussi, déterminent cette indépendance.
            Je dis ça à cause de ce qui est en train de se passer avec Editis, Hachette, Bolloré, etc.

            Les éditeurs commerciaux peuvent rarement prendre de gros risques, c’est structurel. Mais qu’ils surfent sur les tendances, pour le lecteur cela ne change pas grand chose. Qu’un lecteur achète le titre d’un auteur considéré comme alternatif avec la marque d’un petit ou gros éditeur sur la couverture, c’est pareil. Voilà aussi pourquoi je ne vois plus la différence entre une bande dessinée qui était jadis alternative et une bande dessinée marquée comme commerciale.

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            • Répondu le 1er octobre à  16:04 :

              "Encore une fois, votre commentaire démontre que ce sont les éditeurs qui sont alternatifs, pas les auteurs." J’ai beau relire vos messages plusieurs fois, je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Je suis probablement idiot. Ce serait quoi un auteur alternatif, selon vous ? Quant à imaginer un éditeur se passer d’un banquier, ça me parait loufoque. Emprunter de l’argent à une banque ne veut pas dire que la banque intègre votre capital. Par ailleurs je ne sais pas où vous travaillez, mais les a-valoir que je perçois chez mes éditeurs ne sont pas indécents ni grotesques, même si évidemment je préfèrerais qu’ils soient plus gros. Pour les quelques livres que j’ai fait chez des éditeurs indépendants, je n’ai pas perçu d’a-valoir du tout.

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              • Répondu le 2 octobre à  09:01 :

                Tous les auteurs sont indépendants puisqu’ils ne sont pas salariés.

                Un auteur alternatif proposerait quelque chose de totalement inédit. Ce qui est absurde puisque tous les auteurs sont le produit de leur culture.

                Quand on parle d’auteur alternatif, on parle plutôt d’un type de bande dessinée, d’un segment de marché, d’une niche, voire d’un genre.

                L’idée d’alternative est d’aller contre le courant majoritaire, tracer une frontière pour exister. Mais cette frontière est de plus en plus floue parce qu’un mouvement, une alternative est toujours absorbé jusqu’à devenir l’establishment. Les prix décernés à Angoulême depuis quelques années ne font que le confirmer.

                La bande dessinée alternative n’est rien de plus qu’une posture, ce qu’est l’innovation dans l’industrie capitaliste. La différence comme progrès illusoire. Des tendances, des modes, des illusions.

                La bande dessinée alternative veut plutôt dire "petit éditeur indépendant et mal financé".

                Bien sûr, qu’emprunter de l’argent à une banque ne veut pas dire faire entrer cette banque (ou un groupe d’assurances) dans son capital. Évidemment. Je n’ai jamais dit cela.
                En revanche, vous pouvez financer votre entreprise en évitant des prêts bancaires parce que vous avez un capital immobilier avec des loyers qui tombent régulièrement, des actions d’en d’autres entreprises, une fortune personnelle… Il y a plusieurs manières de se financer.

                Tant mieux pour vous si vous estimez vos avances décentes. Il faut vendre beaucoup de livres obtenir l’équivalent d’un smic mensuel.

                « Pour les quelques livres que j’ai fait chez des éditeurs indépendants, je n’ai pas perçu d’a-valoir du tout. »

                Je ne comprends pas cette logique.
                Comment avez-vous financé votre création ?
                Une fortune personnelle, des parents qui payent ?
                Où est la prise de risque de votre éditeur tellement anti-capitaliste ?
                Les éditeurs ne payent pas le travail, seulement la valeur marchande et patrimoniale estimée de l’œuvre. Éditeur alternatif ou pas, un livre doit être un minimum rentable.
                L’a-valoir est un pari. Un billet de loterie gagnant ou pas. Quel intérêt d’accepter de ne pas avoir une avance sur ce pari ? Si le livre ne marche pas, vous perdez deux fois et l’éditeur réduit ses pertes. Si vous aviez eu une avance et qu’elle n’avait pas été amortie, vous auriez obtenu un minimum garanti.

                Refusez une avance ou accepter de travailler gratuitement, c’est naïf, indécent, grotesque et masochiste.

                Quelle considération avez-vous pour votre travail si vous acceptez de l’offrir gratuitement à un entrepreneur ?

                À part des auteurs et des artistes, vous en connaissez des gens qui acceptent de travailler gratuitement et de ne se faire payer que sur une petite part du bénéfice net ?

                La bande dessinée alternative n’existe pas et les petits éditeurs indépendants et désargentés sont des petits profiteurs.

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                • Répondu le 5 octobre à  12:32 :

                  En effet, à part les auteurs, les artistes, les associatifs, les bénévoles, les militants, les humanitaires etc (ça commence à faire du monde), je ne connais personne qui travaille gratuitement. Mais si vous n’êtes pas naïf, quand vous commencez une activité artistique, vous savez qu’il vous arrivera bien souvent de travailler sans être payé et que vos chances de gagner un jour votre vie grâce à vos créations sont très maigres. C’est bien pourquoi la très grande majorité des artistes restent des amateurs et bien peu passent professionnels. Cette réalité n’a rien de bien nouveau. Sans mécénat, il n’y aurait pas d’histoire de l’art et c’est vrai depuis les débuts de l’humanité. De fait, l’art n’est généralement pas rentable et n’est pas soumis à la règle de l’offre et de la demande, puisque, par définition, quand vous créez quelque chose de nouveau, la demande n’existe pas. Mais les artistes pratiquent leur discipline par passion et par nécessité impérieuse de s’exprimer. Gagner sa vie c’est autre chose. Quand je signe un contrat chez un gros éditeur, je négocie un à-valoir qui me permet de vivre pendant le temps que je vais consacrer à la réalisation du livre. Quand il m’est arrivé de faire des livres chez de petits éditeurs dits "indépendants" ou "alternatifs" (peu importe ces questions de vocabulaire), il n’était pas question d’à-valoir (ou presque pas) parce que ces éditeurs n’avaient tout simplement pas les moyens de me payer. Par contre, j’ai négocié un pourcentage plus élevé sur les ventes. C’est un pari, tout çe ne négocie déjà avec soi-même puis avec ses interlocuteurs. Je peux avoir envie qu’un livre sorte, même si j’y gagnerai peu ou rien, mais je ne ferai pas ça tous les ans et préfère travailler chez de gros éditeurs, tant que c’est possible, car j’ai besoin de mes à-valoirs pour gagner ma vie.

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                • Répondu le 5 octobre à  12:34 :

                  "La bande dessinée alternative n’existe pas et les petits éditeurs indépendants et désargentés sont des petits profiteurs." S’il restent désargentés, c’est qu’ils ne profitent pas beaucoup… par contre, ils font généralement le travail de découverte des auteurs que les gros éditeurs ne font presque plus.

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          • Répondu le 2 octobre à  09:12 :

            Quel éditeurs commerciaux ? Tout le monde fait du commerce, quelle que soit la taille des éditeurs. Tous publient des albums bon et d’autres pas. Il n’y a rien d’alternatif ou d’indépendant dans ce métier. Chaque maillon de la chaîne doit des comptes à d’autres maillons. Toutes ces appellations viennent du fait que l’on adore enfermer les gens dans des cases. Il suffit de regarder les catalogues éditoriaux, tous se ressemblent et proposent des produits similaires. Le nerf de la guerre c’est l’argent, et Cornélius, Misma, Six pied sous terre, etc, ne sont pas plus des mécènes que Dupuis, Bamboo, les Humanos ou les autres.

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  • On écrit un "à-valoir" pour une somme partielle à valoir sur la somme totale. Synonyme d’acompte.
    Donc on n’écrit pas un "a-valoir" et encore moins un "avaloir", même si le montant de cette somme est dur à avaler.

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    • Répondu le 2 octobre à  12:54 :

      Ah merci ! ça fait des années que je me demande comment ça s’écrit correctement. Mais je vais employer "acompte" désormais, c’est plus simple et plus joli

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      • Répondu le 3 octobre à  07:21 :

        "Mais je vais employer "acompte" désormais, c’est plus simple et plus joli"

        Sauf que ça n’a rien à voir.

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        • Répondu le 3 octobre à  14:30 :

          Ah bon ça n’a rien à voir ? Expliquez-nous. Le monsieur au dessus a dit que c’était la même chose.

          Répondre à ce message

PAR Frédéric HOJLO  
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